Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Delta gamma : la route vers l’emploi made in USA 1 commentaire

Reportage de Californie.

Alpha tau omega, Tau kappa epsilon… Les façades marquées par des lettres grecques intriguent, au cœur du campus de Berkeley, dans la baie de San Francisco. On se croirait dans un film sur les sociétés secrètes américaines comme « The social network », qui raconte la succes story du petit génie d’Harvard, Mark Zuckerberg, et dévoile quelques uns des rites d’initiation de ces clubs très fermés.

Les Bush, grand-père, père et fils, font partie de la réputée Skull and bones de l’université de Yale. Tout comme John Kerry, actuel secrétaire d’Etat qui a affronté Georges W Bush en 2004, côté démocrate.

60% des étudiants de Berkeley font partie d’une fraternité ou sororité

La tentation est trop grande. Et bizarrement, il suffit de frapper à la porte d’une de ces maisons de « frat road », à Berkeley, pour être invité à en faire le tour du propriétaire. 60% des étudiants de Berkeley, la troisième meilleure mondiale derrière Harvard et Stanford, font partie d’une « frat house », aussi appelée fraternité ou sororité, l’équivalent pour les étudiantes.

Dès l’université, les étudiants américains tissent des réseaux professionnels en vivant en communauté dans ces maisons, de mystérieux clubs également connus pour leurs fêtes, popularisées dans les films comme « American Pie ».

Maisons de la débauche versus maisons de poupées

Et à chaque rentrée, de véritables recrutements ouvrent la porte de ces cercles où se forge l’élite de demain. Difficile à croire quand on entre dans ces fraternités où vivent une trentaine de garçons, parmi les cadavres de bouteilles qui jonchent le sol, souvenirs des dernières soirées.

A côté de ces maisons de la débauche, les sororités sont de véritables maisons de poupées. Les étudiantes sont cadrées par une « mom », qui veille au grain. Une fois par semaine, une fraternité invite une sororité pour des fêtes délirantes où tout est permis, et cultiver ainsi l’endogamie.

« Des ségrégations pas uniquement fondées sur l’élitisme social et intellectuel »

La sociologue Stéphanie Grousset-Charrière a étudié en immersion les sociétés secrètes d’Harvard. Elle en a fait l’objet de sa thèse et d’un livre « La face cachée de Harvard, la socialisation de l’élite dans les sociétés secrètes étudiantes ». Selon elle, les fraternités et sororités sont en quelques sortes les petits frères et sœurs de ces clubs ultra sélects.

« Ce sont des communautés étudiantes genrées qui ont mis en place des ségrégations, pas uniquement fondées sur l’élitisme social et intellectuel mais aussi sur la religion et la race. Il existe des frat juives, noires, et même de sororités de blondes… Ces formes de catégorisations qui pourraient paraître discriminatoires ne sont pas perçues ainsi aux Etats-Unis car elles sont ouvertement déclarées comme telles. »

Se créer des opportunités professionnelles

Certaines fraternités ou sororités sont réputées studieuses : les places s’arrachent au premier rang des amphis. Lors de « rush week », la semaine de la rentrée en septembre, les bulletins scolaires sont étudiés à la loupe, mais aussi l’entregent des potentielles nouvelles recrues. Dariela, boucles à l’anglaise parfaites, prépare leur accueil sur le perron de la maison Pi béta phi.

 

Pour cette neurobiologiste en herbe, intégrer une sororité représentait le meilleur moyen de se créer des opportunités professionnelles, dès les années fac.

 

 

Des experts RH pour choisir les futures recrues

Les clubs les plus prestigieux prennent aux sérieux le débauchage des futures élites de la nation. Certaines « frat houses » ont même recours à des experts RH, qui viennent leur enseigner les techniques de recrutement pour mieux interpréter les serrages de main, mais aussi les limites fixées par les futures recrues lors des entretiens, puis du bizutage.

Une fois diplômés, les étudiants inscrivent sur leur CV le nom grec de la fraternité ou sororité à laquelle ils appartiennent. Si le recruteur en est aussi, il se retrouve directement en haut de la pile, comme en témoigne Neil, 20 ans, étudiant en informatique et membre de la Delta khi.

 

 

Contrairement à la plupart des réseaux d’anciens des grandes écoles françaises, quand on est membre d’une fraternité ou sororité, c’est à vie, et pas seulement le temps que l’on cotise. « Aux Etats-Unis, la reconnaissance de ceux qui nous ont faits est très importante, précise la sociologue. D’où un mécénat considérable. » Ce qui permet d’entretenir, d’une pierre deux coups, les « frat houses » et les carnets d’adresse.

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Publié dans : Actualité

le 28/10/2013, par Rozenn Le Saint

1 commentaire

  • Sociétés secrètes, élitisme, ségrégations mais aussi mécénat, réseaux professionnels et relations fraternelles durables, bienvenue dans le monde effrayant et fascinant des fraternités américaines. Merci pour cet article qui me donne très envie d’approfondir le sujet !

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