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Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Les pays en crise attirent-ils les délocalisations? O commentaire

Depuis 2003, le cabinet de conseil AT Kearney publie chaque année un Index mondial de la délocalisation, établissant un classement des 50 premiers pays d’accueil. La version 2011, qui vient de paraître, révèle une attractivité croissante des pays baltes qui ont réduit les salaires suite à la crise. Cependant, Chine, Inde et Malaisie restent premiers du classement. Tandis que l’Egypte grimpe à la 4e place.

  • Estonie, Lettonie, Lituanie ont progressé, conséquence directe de la crise. Celle-ci a touché ces trois pays plus fortement que beaucoup d’autres, les menant à d’importants déficits courants. Plutôt que de dévaluer leur monnaie, les trois pays ont poursuivi ce qu’ils appellent une « dévaluation interne ». Leur gouvernement et le secteur privé ont diminué de 35% le salaire moyen et réalisé des coupes drastiques dans leurs dépenses. « Des coûts devenus plus attractifs, alliés à un niveau de compétence élevé, a permis le développement de marchés, petits mais solides, dans les technologies de l’information et les services métier externalisés (formation, gestion de la paye, etc.) », analysent les auteurs de l’étude. Britanniques (IT center de Barclays) et Américains (Western Union) s’y sont ainsi installés. Mais cela reste embryonnaire. La Pologne passe quant à elle de la 24e à la 15e place
  • Plus surprenant, le Royaume Uni passe de la 31e à la 16e place, résultat de la chute de la livre et de restrictions salariales, selon les auteurs de l’étude. Mais le Royaume Uni reste surtout un pays qui délocalise.
  • L’Irlande, l’Espagne et le Portugal n’ont pas progressé. Les mesures d’austérité mises en place n’ont pas encore donné de résultats en matière d’attractivité pour les entreprises, estime AT Kearney. La Grèce, enfin, ne fait pas partie de l’Index.

Toutefois, l’Inde, la Chine et la Malaisie conservent les trois premières places de l’index depuis sa création. La crise n’a pas affecté leur classement.

Tandis que l’Afrique du Nord et le Moyen Orient sont devenues depuis quelques années des régions privilégiées pour les délocalisations européennes, proches et possédant une main d’oeuvre qualifiée moins chère. Du coup, l’Afrique du Nord a éclipsé cette année plusieurs pays de l’Est. L’Egypte est ainsi devenue le quatrième pays d’accueil des activités externalisées, pour ses salaires, sa réserve de talents et l’alignement de son industrie sur les normes internationales. Mais l’incertitude politique qui affecte la région risque d’entraîner des conséquences à long terme.

RH à Bombay, SAV à Shanghai

AT Kearney dresse également un constat général concernant les délocalisations: ce qui n’était qu’un phénomène émergent est en 2003 désormais considéré comme un élément stratégique parmi d’autres par les entreprises.

Désormais, ce ne sont plus seulement les industries mais également les services qui se délocalisent. Certains pays se spécialisent même dans:

  • les technologies de l’information. Avec une nouveauté. Les entreprises occidentales n’externalisent plus seulement des activités de bout de chaîne aux programmeurs indiens ou chinois, elles sous-traitent des processus de gestion complets.
  • les processus métier (« BPO » en anglais: gestion de la paye, formation, RH,gestion de base de données, traitement de données, etc. )
  • les services vocaux (vente, renseignements, SAV, service client, etc.).

Des services de plus en plus sophistiqués en Chine

Habituellement plus tournée vers l’industrie et jugée moins attractive pour les services pour des raisons de langues et de propriété intellectuelle, explique l’étude, la Chine change désormais de cap. Le gouvernement encourage le développement de centres d’appels, non seulement en anglais, mais également en coréen et en japonais. Cependant, sa force réside dans les technologies de l’information avancées, où la Chine constitue une alternative à la Russie et à l’Europe de l’Est, et dans les processus métier, où le pays peut espérer concurrencer l’Inde.

Autre nouveauté, la Chine se positionne désormais aussi sur le marche encore plus sophistiqué du KPO (knowledge process offshoring): veille de marché, collecte et reporting de données, traduction, transcription, édition, référencement naturel, etc.

L’Inde et la Chine ont par ailleurs commencé à s’allier pour étendre leur expertise, remarque AT Kearney. Ainsi, les services de consulting de l’entreprise indienne Tata se sont installés à Chengdu, en Chine.

Elsa Fayner

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Publié dans : Actualité | Marché du travail

le 8/08/2011, par Elsa Fayner

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