Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

De la violence d’une mise au placard 1 commentaire

Claire Laffargue / laffargue.illu.free.fr

Marielle Dumortier est médecin du travail. Elle a également écrit Mon médecin du travail. Pour Et voilà le travail, elle tient une chronique régulière. Nouveau témoignage.

Brigitte travaille comme secrétaire de direction dans un établissement accueillant des personnes handicapées  depuis plus de quinze ans.

Elle m’explique qu’à l’époque, elle avait  un travail passionnant, elle était autonome, prenait des initiatives, ressentait de la reconnaissance de la part des résidents, de leurs parents, de ses collègues et des instances extérieures.

Son établissement est racheté

Elle n’a jamais avoir compté ses heures, a beaucoup donné et parfois sacrifié sa vie privée pour son travail, mais elle dit que cela était sans importance puisque cela lui apportait du bonheur.

Mais en mai  2012, son établissement est racheté par une autre association. Très vite les conditions de travail de Brigitte se dégradent.

Perte d’autonomie et flicage

Elle estime que sa connaissance des problèmes des pensionnaires et son expérience  sont nécessaires à la bonne marche de l’établissement. Pourtant, sans concertation, la nouvelle direction décide de tout réorganiser.

Comme la majorité de ses collègues, Brigitte a le sentiment d’être rétrogradée, de n’avoir plus de travail intéressant à faire : elle doit gérer des injonctions paradoxales, n’a plus aucune autonomie a des comptes à rendre… Elle se sent fliquée.

Beaucoup de ses collègues démissionnent, mais pour  Brigitte ce n’est pas envisageable. Elle vit seule avec son fils, elle ne peut pas se permettre de quitter ce travail qu’elle aime tant, elle veut « tenir », elle se dit « forte ».

Donner son travail à une autre lui est insupportable

En avril 2013, Brigitte souffre de lombalgies invalidantes, elle doit  s’arrêter un mois. A son retour, elle apprend qu’elle sera en poste à l’accueil, qu’elle n’aura plus aucune responsabilité, qu’une autre secrétaire de direction va être nommée et qu’en plus c’est elle qui devra la former ! Donner son travail à une autre lui est insupportable.

Brigitte comprend alors que sa directrice fait tout pour qu’elle démissionne : on la change de bureau, on l’installe dans un réduit avec  toutes les « machines », bruyantes et qui dégagent une odeur désagréable. Elle n’a plus aucun contact ni avec les résidents ni avec les éducateurs, elle se sent isolée.

« On ne fait plus de l’humain, on ne fait que du fric »

Brigitte vit cette situation comme une humiliation, elle répète être «  traitée comme un chien, être devenue un meuble dont on ne sait que faire ».  Par ailleurs, elle souffre des nouvelles orientations de son établissement.

Elle ne se retrouve pas dans les valeurs de l’entreprise. « On ne fait plus de l’humain, on ne fait que du fric », estime-t-elle.

Arrêt pour dépression

En juillet, après une réflexion désobligeante de sa directrice, Brigitte craque. Elle quitte son entreprise en pleurs, consulte immédiatement son médecin traitant qui diagnostiquera une dépression. Elle  est en arrêt de travail depuis.

La semaine dernière,  elle a vu le médecin  conseil de la Sécurité sociale, qui décide d’arrêter ses indemnités journalières début mars. Il me demande de recevoir Brigitte en visite de pré reprise. Brigitte pleure, décrit des états de panique à l’idée de devoir reprendre son travail, elle se sent perdue.

L’inaptitude médicale est la meilleure solution

Je pense que son état de santé ne permet pas une reprise du travail dans cet établissement, et que l’inaptitude médicale est la meilleure solution. Je lui en explique la procédure : le visage de Brigitte s’éclaire.

Le médecin du travail que je suis l’aidera à rompre son contrat. Ce qui va aussi lui permettre de se reconstruire.

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Publié dans : Témoignages

le 5/02/2014, par Rozenn Le Saint

1 commentaire

  • Cécile dit :

    Dommage qu’elle n’ait pas défendu ses droits pour essayer d’éviter de sombrer dans la dépression…

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