Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Dans les vestiaires de Leclerc O commentaire

enquête sur un systèmeLeclerc a bonne image. Des hypermarchés à bas prix. Un patron médiatique qui n’a pas l’air de manier la langue de bois. Un quelque chose de rassurant, de connu, de près de chez soi.

Leclerc est unique, c’est certain. Et Frédéric Carluer-Lossouarn, journaliste pour Linéaires, magazine spécialisé dans la grande distribution, a entrepris d’aller voir derrière l’enseigne orange et bleue.

Qui est vraiment Michel-Édouard Leclerc? Quelle est sa proximité avec Nicolas Sarkozy? Quelle est cette coopérative qui a permis à des épiciers de quartier de devenir multimillionnaires? Avec quelles méthodes cette enseigne est-elle devenue numéro un en France? À première vue, « Leclerc: enquête sur un système » part un peu dans tous les sens en se voulant exhaustif. C’est qu’il est en réalité difficile de séparer l’histoire de l’enseigne de celle de la famille Leclerc, les accointances politiques des méthodes de gestion, la réussite des risques à venir. Alors, par touches, à force d’anecdotes et de chiffres, Frédéric Carluer-Lossouar dépeint un système qui ne cesse de surprendre.

Leclerc, d’abord, n’est pas une entreprise. C’est un « mouvement », selon le vocabulaire maison: une confrérie d’entrepreneurs indépendants. Michel-Édouard Leclerc ne possède pas la moindre part dans les affaires de ses disciples et il ne prend pas de pourcentage sur les ventes. Chaque employeur embauche et gère le personnel comme il l’entend. Il n’y a pas de comité d’entreprise de groupe chez Leclerc, la représentation syndicales reste cantonnée à chaque magasin.

En revanche, Michel-Édouard Leclerc exige que les adhérents -les patrons indépendants qui dirigent les centres Leclerc- respectent à la lettre sa conception de la « distribution », explique l’auteur. Qu’ils prennent des initiatives, et qu’ils en fassent part, pour diffuser les inventions qui fonctionnent à toute l’enseigne. Il leur est également demandé de consacrer du temps au mouvement.

Au départ, rien n’était écrit. Le contrat était moral. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Une « charte de l’adhérent » et un « pacte de référence » sont désormais signés, tandis qu’un système de parrainage restreint l’indépendance originelles des adhérents.

Ceux-ci sont sélectionnés toujours aussi rigoureusement. Il leur faut passer un grand oral, après avoir fait examiner leur dossier par trois commissions différentes. Au-delà des critères économiques et des capacités du candidat, des considérations morales entrent aussi en jeu. Il est par exemple préférable de vivre en couple.

Beaucoup des adhérents Leclerc sont partis du bas de l’échelle sociale. Et nombre d’entre eux ont aujourd’hui fait fortune grâce à Leclerc. Les revenus de certains dépasseraient même ceux d’Édouard Leclerc, le fondateur, qui n’a pas tenu visiblement à gagner autant que les autres patrons de la grande distribution.

Leclerc n’est d’ailleurs pas coté en Bourse. Mais le père comme le fils ont leurs entrées à Matignon. Quand Michel-Édouard Leclerc et les autres patrons de grandes surfaces réclament par exemple l’abrogation de la loi Galland et souhaitent la « négociabilité », autrement dit la possibilité de pouvoir négocier les tarifs que leur imposent jusqu’à présent les fournisseurs, ils obtiennent finalement gain de cause. Puis, après s’être attaqué au discount des carburants, et de la parapharmacie, Leclerc s’en prend à la vente de médicaments non remboursés.

L’auteur se demande toutefois si le système n’est pas en sursis. Car les consommateurs préfèrent aujourd’hui les plus petites surfaces, plus proches des centres-villes. Ils se tournent également en masse vers le hard-discount, que Leclerc a délaissé, comme les grandes surfaces spécialisées: magasins de sport, de bricolage, de jardinage, etc. Surtout, Leclerc est peu présent à l’étranger et ne dispose aujourd’hui en France que d’un petit réservoir de croissance. Enfin, Michel-Édouard Leclerc n’a que 56 ans, mais la question de sa succession se pose déjà aujourd’hui.

Le livre est passionnant. Accrochez-vous au début, pour pénétrer dans ce monde clos et opaque, qui rend curieux.

« Leclerc: enquête sur un système« , Frédéric Carluer-Lossouar, Éditions Bertrand Gobin, 320 p, 22 euros, novembre 2008.

Le livre étant difficile à trouver, l’éditeur a mis en place une vente directe par correspondance.

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Publié dans : Au magasin | Culture

le 15/03/2009, par Elsa Fayner

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