Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Comment je suis passée au vert » (2) O commentaire

mainkiecritC’est la semaine du développement durable, du 1er au 7 avril. L’Organisation internationale du travail annonce des millions d’emplois verts d’ici 2020. Mais à quoi ressemble un « emploi vert »? Faut-il se convertir aux chaussettes en laine vierge pour réussir ?

Sophie (1), a connu le monde de l’entreprise fashion, avant de découvrir celui des pandas et des bivouacs. Choc des cultures. Elle raconte, en 5 épisodes, durant cette semaine du développement durable.

Il y a cinq mois, j’ai troqué les sous-sols, au propre comme au figuré, du web pour les OGM, la biodiversité, l’agriculture raisonnée et les sites classés. J’ai troqué ma casquette de journaliste pour devenir une « communicante ». J’ai échangé le cachemire pour des pulls jacquards, les conversations sur le couple et ses circonvolutions pour des discussions constructives sur le recyclage des couches lavables. Moins sexy, c’est sûr.

Tout n’est pas arrivé comme un cheveu sur la soupe (fraîche et bio bien sûr). J’étais bien décidée à quitter macave.com et on m’avait fait comprendre, avec la douceur qui caractérise les vieux paternalistes, que la porte était grande ouverte. Au hasard de l’APEC, et avec une dose de témérité, je suis allée travailler dans une association, chez les militants d’un autre monde possible. Premières impressions après une petite reconversion.

Épisode 2 : la journée type

Avant

10 h 15 Arrivée dans la cave.
10 h 45 Première cigarette sur le trottoir, accompagnée d’un café dans un gobelet en plastique, pris à l’énorme machine à café moyennant finance.
11 h Mmmh, et si je commençai à travailler… Tiens, comme d’habitude, le site est truffé de fautes…
11 h 45 « C’est bon, j’ai fait le tour de l’actu et des dépêches people de Yahoo… Faut que je me lance dans la Newsletter. » Vu la piètre qualité du back office (l’administration du site), conçu par un esprit pervers, il faudra bien compter quatre ou cinq heures.
13 h Chacun ramène son McDo dans la cafétéria
14 h 30 Reprise détendue. Mon voisin d’en face danse au son du dernier Britney.
17 h Après 38 tentatives infructueuses, et 12 bugs non résolus, la newsletter peut être renvoyée.
17 h 30 Je tente d’écrire un article, après tout c’est mon métier. Autour de moi, ça discute, difficile de trouver la concentration. Je n’arrive jamais à finir mes articles, mais de toute façon on ne m’impose jamais de deadline. Parce qu’en fait, chez macave.com, ce qui compte, le but, c’est de faire du clic. Pas avec des articles tous neufs, mais en faisant tourner et retourner les mêmes articles. D’ailleurs, à la vue des statistiques, ce qui marche, c’est le sexe. Alors cet article sur cette BD sympa et intimiste, ce n’est pas une priorité.
18 h Il est temps de partir. Je prends mon petit vélo et je rentre chez moi.

Après

9 h 20. Arrivée au bureau, un entresol. Disons que j’ai gagné 12 marches dans l’ascenseur social.
Premier café bio et équitable, issu de notre petite cafetière, dans ma tasse en plastique recyclé. Si tout va bien, ma boite contient déjà plusieurs mails. Charlie (voir épisode d’hier) m’a déjà transmis ses instructions. Je consulte ma to-do list en ligne : elle est longue comme le bras.
11 h Première cigarette sur le trottoir.
11 h 05 Je gère comme je peux ma to-do list. Je pioche dedans entre rédaction d’articles pour le mensuel, correction de plaquettes d’information, réflexion sur nos prochains objets de pub qui soient à la fois green, glamour et responsable, devis à balancer à la graphiste.
11 h 21 ça ne servait à rien de regarder ma to-do list, une nouvelle urgence se présente. Je dois tout de suite faire valider un nouveau communiqué de presse par Le Secrétaire Général. Qui ne répond pas dans l’instant sur son portable. Ça va être dur.
13 h On déjeune en vitesse, et en groupe, dans une salle aveugle ou dans le parc d’à côté. Quand chacun n’amène pas sa gamelle, ou quand ce n’est pas le jour du resto-troupeau en groupe, nous avons un dealer officiel de sandwichs à la mayonnaise et de pâtisseries grassouillettes qui ne doivent pas être très bio. Le Mc Do est interdit quasi officiellement. Le kebab est toléré.
14 h Charlie nous appelle et nous demande pourquoi ce qu’il vient de nous demander n’est pas encore fait. En fait, son mail n’était pas encore arrivé. Charlie va plus vite que ses mails.
17 h 50 Une dépêche AFP tombe. Que ce soit un accident nucléaire, une marée noire, un changement de loi sur les OGM, il faut réagir. On prépare un communiqué de presse en vitesse, dix lignes pour dire qu’on n’est pas contents.
19 h. J’éteins l’halogène à ampoule basse conso, je débranche mon ordinateur. Et je rentre à la maison, en métro.

(1) Le prénom a été modifié, à la demande de l’intéressée.

Be Sociable, Share!

Publié dans : Au bureau | Témoignages

le 2/04/2009, par Elsa Fayner

Poster un commentaire

Parité et conseils d’administration

Île-de-France : des inégalités de revenus centralisées

Ce site est hébergé par Art is code et propulsé par Wordpress.

Témoignez !

Votre travail vous interpelle, vous choque, vous l’avez vu évoluer et vous souhaitez le raconter, écrivez-moi, votre récit sera peut-être publié.