Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Celle sur qui on peut compter O commentaire

mainkiecritChronique de Marie-José Hubaud, médecin du travail, auteure de “Des hommes à la peine” (La Découverte, octobre 2008).

Je prends le dossier, je dis « bonjour Madame G », je la suis dans le bureau.
Je la connais bien, elle approche de la retraite, elle porte toujours un tailleur gris ou beige avec un petit foulard de couleur. Ses lunettes, retenues par une chaînette dorée, brillent sur le devant de son chemisier.
Elle est vendeuse dans un magasin de chaussures. Toute la journée, elle s’assoit sur le petit tabouret et elle prend son chausse-pieds.
Il lui suffit d’un coup d’œil pour savoir à qui elle a affaire, vous voyez ce que je veux dire, « montre-moi tes souliers et je te dirai qui tu es »…

Celle sur qui on peut compter

Elle a du métier, c’est une bonne vendeuse, souvent la patronne lui confie le magasin quand elle va faire les salons ou quand elle a ses réunions avec les dames du Rotary.
Elle ne se plaint pas, mais le salaire ne suit pas. Et si jamais il y a une erreur, c’est sur elle que ça retombe. L’autre vendeuse est très gentille, mais tête en l’air, les jeunes vous savez ce que c’est…
Elle ne se plaint pas, pourtant la réserve est au sous-sol, deux étages, et l’escalier est bien étroit. Pourtant, c’est toujours elle qui est là quand les livreurs arrivent avec leurs cartons bourrés à craquer et il ne faut pas se tromper pour ranger les boîtes, sinon on peut passer une journée à chercher la bonne pointure.

Celle dont le corps a craqué

La santé ? Oh ! vous savez bien…
Dix ans auparavant, on lui avait fait « la totale »… Ensuite, on lui avait « tout fait« , radio et chimiothérapie parce que ça avait pris les ganglions.
Elle avait perdu tous ses cheveux, elle avait acheté une perruque rousse qui ne lui allait pas du tout, mais qu’elle portait quand même parce qu’elle l’avait payée très cher. Son mari l’avait quittée, l’amour ça ne marchait plus entre eux, et d’ailleurs ça n’avait jamais très bien marché, maintenant ça ne lui manque plus, mais ça n’avait pas été facile…

Celle qui ne se plaignait jamais

Elle ne sait pas comment elle a fait pour s’en sortir, surtout avec ses deux garçons qui passaient leur temps à fumer vautrés sur le canapé et qui ne voulaient pas travailler.
Enfin ce qui est vrai, croix de bois croix de fer, c’est que tout ça c’est de l’histoire ancienne et que la seule chose dont elle est sûre aujourd’hui, c’est qu’il ne faut pas trop s’écouter, et surtout il ne faut pas trop parler de ces choses-là, on ne sait jamais.

Découvrir le blog de Marie-José Hubaud.

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Publié dans : Au magasin | Témoignages

le 8/03/2009, par Elsa Fayner

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