Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Cancer du sein, jeunisme et dépression 1 commentaire

Claire Laffargue / laffargue.illu.free.fr

Marielle Dumortier est médecin du travail. Elle a également écrit Mon médecin du travail. Pour Et voilà le travail, elle tient une chronique régulière. Nouveau témoignage.

Fabienne, 57 ans, est coiffeuse depuis dix ans dans le salon de Maud.

Fabienne m’a toujours parlé avec passion de son travail, de la bonne ambiance et de l’entente avec sa patronne. Elle me  racontait  comment  cela se passait bien avec « ses petites clientes ».

Cancer du sein

Bref, tout allait très bien jusqu’en janvier 2013, quand Fabienne apprend qu’elle a un cancer du sein et qu’elle doit être opérée.

L’intervention  se passe sans souci, et Fabienne me revoit en septembre. Une reprise du travail   en mi temps thérapeutique est organisée.

Maud donne son accord, Fabienne est  ravie de reprendre son activité. Elle travaille le matin, et l’après-midi Magalie prend le relai. Tout se passe bien.

Un an après son opération, la reprise à temps plein est possible.

Difficile de retrouver sa place

Très vite Fabienne déchante. Elle  explique que ses conditions de travail se sont brutalement dégradées.  Maud change  ses horaires, lui retire une partie de son travail, la surveille, critique parfois devant les clientes la qualité de son travail… Ce qui lui est insupportable.

Fabienne dit avoir été « remplacée »  pendant son arrêt de travail par Magalie, jeune femme qui avait été apprentie dans le salon auparavant. Pour Fabienne, elle manque de compétences et ne méritait pas ce poste…

Elle n’apporte pas la jeunesse au salon

Mais voilà, Maud a un autre avis. Elle aurait souhaité embaucher Magalie, qui selon elle apporte de la jeunesse au salon, mais le retour de Fabienne l’en empêche.

Maud exprime clairement à Fabienne que son retour est une catastrophe pour le salon, qu’une nouvelle clientèle se constituait.

«  Vieille, grosse et moche »

Elle considère que Fabienne, qui a pris du poids pendant sa maladie, est «  vieille, grosse et moche »… Ce qui serait incompatible avec le métier de coiffeuse. Elle  n’a plus sa place dans le salon… Elle lui conseille «  avec bienveillance » de se mettre en  invalidité !

Fabienne dit avoir essayé de tenir, a tenté de  subir sans broncher, elle raconte qu’elle s’enferme dans les WC pour pleurer. Elle explique s’être sentie à plusieurs reprises humiliée.

Des idées suicidaires

Elle se souvient avoir toujours été jugée comme excellente professionnelle. Mais maintenant, elle répète «  je suis devenue une moins que rien ».

Fabienne  présente un syndrome anxio dépressif important, avec une perte de confiance en elle, et des idées suicidaires. Je ne la laisse pas travailler, et la dirige vers son médecin traitant pour une prise en charge.

Je crains fort qu’une inaptitude à son poste soit la seule solution pour que Fabienne puisse se reconstruire.

 

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Publié dans : Témoignages

le 3/07/2014, par Rozenn Le Saint

1 commentaire

  • Isabelle St-Piere dit :

    J’ai fait mon dernier stage de médecine à Fermont et je peux dire que c’est épouvantable la quantité d’anti-dépresseurs qui sont vendus là-bas!
    La moitié de nos journées consistait à renouveller ou à prescrire ces pillules. Il y a au-moins trois-quarts des employés de la mine, ArcelorMittal, qui sont sous ordonance et qui doivent prendre des somnifères.
    C’est vraiment troublant, je ne comprends pas comment des employés peuvent vivre de cette manière. En tout cas, c’est leur choix, pas le mien!

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