Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« C’est contraire à toutes les consignes, c’est contraire à sa conception du travail » O commentaire

mainkiecrit1Marielle Dumortier est médecin du travail. Elle a également écrit Mon médecin du travail. Pour Et voilà le travail, elle tient une chronique régulière.

J’ai vu ce matin en visite de reprise de travail après un mois d’arrêt Caroline, cette femme de 42 ans travaille comme gardienne d’immeuble depuis 20 ans dans une société de location d’appartements. Quand je lui demande ce qui lui est arrivé, elle me dit avoir fait une dépression. Quand je lui demande de me parler de son travail, elle pleure beaucoup.

Elle me dit avoir toujours été une gardienne consciencieuse. Elle a de bons résultats, et remplit tous ses objectifs.
Au départ à la retraite de la « gardienne chef », sur les conseils de sa hiérarchie, Caroline postule à la fonction. C’était il y a six mois.

Rapidement Caroline est dépassée par toutes ses tâches : en plus d’un travail de gardienne qu’elle effectue à mi- temps, elle doit manager une équipe de cinq gardiennes. Faire le ménage et gérer les contacts avec les locataires, pas de souci, en plus elle aime ça, mais pour la paperasse c’est plus compliqué. Elle doit ramener le travail administratif chez elle, c’est long et elle ne comprend pas toujours très bien ce qu’elle doit faire de tous ces papiers. De plus, elle se rend très vite compte qu’elle ne peut pas compter sur l’aide de son équipe, cela l’attriste. Pire, elle s’aperçoit que les gardiennes n’obéissent pas à ses consignes, « oublient » de remplir des documents, font leur travail de gardien et rien d’autre, refusent de remplacer une collègue malade. Caroline met tout cela sur le compte de la jalousie.

Très vite, elle se sent seule, isolée, sa hiérarchie est au courant de ses difficultés, mais ne réagit pas.
Un jour en réunion d’équipe, Caroline ose parler de sa surcharge de travail puisqu’en plus de ses activités elle doit faire ce que les autres refusent de faire , elle est contrée par les gardiennes qui lui font remarquer qu’elle est payée pour ça, qu’elle n’a pas à se plaindre et qu’elle savait ce qu’elle faisait en acceptant ce poste de responsable.

Caroline est déstabilisée, elle ne comprend pas pourquoi elle reçoit tant de haine, elle quitte la réunion en pleurs. Le lendemain, Caroline avertit sa hiérarchie par mails de la réunion houleuse, elle pense avoir du réconfort, du soutien elle ne reçoit même pas de réponse.

La semaine suivante se produit un conflit entre une gardienne et des locataires, Caroline veut intervenir, c’est son rôle, mais les gardiennes contestent cela publiquement. Caroline appelle alors sa chef, elle espère aide, conseils, elle reçoit pour toute recommandation de faire profil bas, de ne pas réagir, que tout ça n’est finalement pas bien grave.

Caroline ne peut pas accepter cela, c’est contraire à toutes les consignes, c’est contraire à sa conception du travail. Elle en tombe malade, et s’arrête le lendemain.
Un mois plus tard Caroline souhaite reprendre le travail, elle ne comprend toujours pas ce qui lui arrive, et parle beaucoup d’injustice.

Elle est traitée pour dépression, elle dit perdre ses cheveux et a depuis peu de temps des poussées d’eczéma sur tout le corps.

Elle convient avec moi qu’une formation au management aurait été utile. Mais, voilà, son entreprise ne lui en a pas proposée, et il a fallu qu’elle se débrouille comme elle pouvait.
Je ne la laisse pas reprendre le travail. Je lui conseille de continuer son traitement et la dirige vers une psychothérapie.

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Publié dans : Témoignages

le 31/10/2010, par Elsa Fayner

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