Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Privatisée, l’entreprise se développera: info ou intox? O commentaire

« Les services à la personne vont créer 500 000 emplois », « La France est gagnante dans la mondialisation », « Il faut des stock-options pour tous », « Privatisée, l’entreprise se développera », etc. Les journalistes économiques Hervé Nathan (Marianne, ex-Libé) et Nicolas Prissette (JDD) se sont permis de douter dans Les bobards économiques. Nous présentons leurs conclusions et nous poursuivrons cette entreprise de doute. A vos claviers, si vous voulez participer (émettre des doutes, poser des questions, participer aux réponses). Bobard n°7 – « Privatisée, l’entreprise se développera »

C’est à tout allure que Dominique de Villepin et Thierry Breton ont mené la privatisation des autoroutes françaises en 2005. Depuis 2002, les entreprises publiques font des bénéfices. Et pour cause: les 8300 kilomètres d’autoroutes tricolores sont pour beaucoup amortis et les péages restent en vigueur, rappellent les deux journalistes.

Des autoroutes vendues en soldes

Le ministre de l’Économie annonce donc le 14 décembre 2005 une vente … à 14,8 milliards d’euros. Un chiffrage du Commissariat au plan évaluait le prix plutôt entre 22 et 23 milliards. Les autoroutes bradées?

Une étude de l’Edhec, l’école de commerce, montre que l’action valait 64 euros. Vinci l’a obtenue à 51 euros. Les autres vainqueurs s’appellent Eiffage, Macquarie, Albertis. Selon le rapport 2009 de la Cour des comptes, la cession des sociétés concessionnaires des autoroutes aurait dû rapporter 24 milliards d’euros. Le gouvernement a donc fait cadeau de 9,5 milliards d’euros à une poignée de multinationales, remarquent Hervé Nathan et Nicolas Prissette.

L’Etat doit emprunter…

L’Etat avait promis d’utiliser ces recettes pour financer le développement des infrastructures de transport. Il est finalement obligé d’emprunter sur les marchés financiers. Privé, au nom d’une privatisation, d’assumer son rôle, et obligé de s’endetter, alors que le but inverse était soi-disant recherché.

… et devient locataire du privé

Mais le transfert au privé ne s’arrête pas à des infrastructures déjà existantes. Il s’étend aussi aux projets futurs.

C’est l’engouement pour les partenariats public-privé (les PPP): une société conçoit et construit -par exemple une prison- puis gère -l’hébergement des détenus, leur nourriture, etc. En contrepartie, l’Etat vers des loyers, résument les deux journalistes.

Quitte à ce que ce soit plus cher? « Le coût a priori plus élevé du recours au financement privé sera supporté en définitive par le contribuable », confesse le ministère de l’Economie dans le dossier de présentation des PPP, comme le révèle alors Le journal du Dimanche.

L’eau privatisée se consomme plus cher

Et les deux journaliste, dont Nicolas Prissette, chef-adjoint du service Economie du JDD, de rappeler l’exemple des marchés de l’eau, gérés par Veolia, Suez et la Saur, des sociétés qui finançaient également des campagnes électorales. Il a fallu plusieurs rapports de la Cour des comptes et une campagne de l’UFC-Que choisir? pour que de nombreux maires décident de reprendre la main ou, souvent, de négocier des baisses de prix.

En cause, pour les deux auteurs du livre: l’exécution aveugle des préceptes de la Commission européenne. Par comparaison, les Etats-Unis ne sont jamais allés aussi loin dans le libéralisme industriel et encore moins la Chine. Bruxelles diligente de son côté la libéralisation de la sphère publique par principe: les télécoms (sur Orange), les postes, l’électricité, le gaz, les trains… Tout doit y passer.

Pourtant, en 2004, le gaz et l’électricité libéralisés, les prix « libres » s’envolent. A tel point que le gouvernement doit inventer dans l’urgence en 2006 un tarif de retour chez EDF.

Éric Verhaeghe, ex-directeur de l’Apec, ex-membre du Medef, va même plus loin et renverse l’assertion initiale (« Privatisée, l’entreprises se développera ») dans son livre Jusqu’ici tout va bien!. Il remarque que les plus grandes entreprises françaises sont d’anciennes entreprises publiques privatisées et qu’elles n’auraient pu se constituer sans des liens constants avec l’Etat. Autrement dit, sans l’aide de l’Etat, ces plus grosses entreprises françaises ne pourraient pas se développer. Pour demander finalement: « quelle est la légitimité de ces entreprises à s’émanciper d’un contrôle citoyen et à revendiquer des droits dus à des activités totalement indépendantes de la collectivité? »

Elsa Fayner

Pour démonter les bobards

D’autres bobards demeurent

Be Sociable, Share!

Publié dans : À la une | Bobards | France Télécom

le 6/06/2011, par Elsa Fayner

Poster un commentaire

Parité et conseils d’administration

Île-de-France : des inégalités de revenus centralisées

Ce site est hébergé par Art is code et propulsé par Wordpress.

Témoignez !

Votre travail vous interpelle, vous choque, vous l’avez vu évoluer et vous souhaitez le raconter, écrivez-moi, votre récit sera peut-être publié.