Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

La France est gagnante dans la mondialisation: info ou intox? O commentaire

« Les services à la personne vont créer 500 000 emplois », « La France est gagnante dans la mondialisation », « Il faut des stock-options pour tous », « Privatisée, l’entreprise se développera », etc. Les journalistes économiques Hervé Nathan (Marianne, ex-Libé) et Nicolas Prissette (JDD) se sont permis de douter dans Les bobards économiques. Nous présentons leurs conclusions et nous poursuivrons cette entreprise de doute. A vos claviers, si vous voulez participer (émettre des doutes, poser des questions, participer aux réponses). Bobard n°4 : « La France est gagnante dans la mondialisation« 

Cette foi inébranlable dans l’ouverture des frontières débouche en 1994 sur la création de l’Organisation mondiale du commerce. En Europe, les tarifs douaniers baissent d’environ 50% sur les industries de base et les biens d’investissement, déjà moins protégés, rappellent les deux auteurs. Pour les biens de consommation, les droites furent coupés de près de 30%, de 25% pour le textile et de 10% pour l’habillement.

Des champions nationaux choyés

Au nom de la création de champions nationaux susceptibles de se lancer à la conquête des marchés mondiaux, les avantages consentis aux entreprises et à leurs dirigeants ne cessent de s’élargir, poursuivent Hervé Nathan et Nicolas Prisette. Les sièges sociaux disposent d’un fiscalité avantageuse, le patrimoine des expatriés qui rentrent en France échappe largement au fisc, les sociétés auxquelles l’Etat a attribué le régime du bénéfice mondial consolidé peuvent baisser leur impôt en déduisant les pertes des filiales à l’étranger. Autrement dit, le contribuable français assure le risque des investissements hors des frontières.

Résultat: la quasi-totalité des entreprises du CAC 40 se classent rapidement parmi les dix premières mondiales de leur secteur en termes de chiffre d’affaires, qu’elles réalisent aux deux tiers à l’étranger. La France est le pays qui compte le plus de leaders mondiaux (une dizaine parmi le CAC 40), derrière les États-Unis.

Un tapis rouge pour les entreprises étrangères

Les cadres dirigeants des 120 plus grandes sociétés du pays gagnent en moyenne 2,5 millions d’euros en 2000, selon le cabinet Proxinvest, contre 747 000 euros en 1998. Pourtant, ils continuent à expliquer qu’ils envisagent la délocalisation si les impôts ne baissent pas, le régime des stock-option ne s’améliore pas et les 35h perdurent. La France serait devenue un repoussoir pour les entreprises.

En réalité, expliquent les deux journalistes, l’Etat a non seulement couvé des champions mondiaux mais il a ouvert grand les portes du pays comme aucun autre ne l’a fait.

Depuis 1996, les investissements étrangers sont totalement libéralisés, sauf pour quelques secteurs sensibles comme la défense.

Et, aujourd’hui, dans l’industrie, plus d’un salarié sur trois travaille dans une entreprise détenue par des capitaux étrangers. Au total, en France, plus de 2 millions de personnes ont un employeur établi hors de nos frontières: un salarié sur sept, alors qu’ils sont un sur dix au Royaume-Uni et un sur vingt aux Etats-Unis.

L’industrie française trinque

Tandis que les entreprises françaises ferment. L’industrie fait travailler mi-2008 3,6 millions de personne, contre 6 millions mi-1974. Il faut désormais importer ce que l’on fabriquait. Entre 2000 et 2007, les achats de produits industriels ont crû de 14%, mais la production française de 7,5% seulement.

Quelques semaines après le référendum sur le projet constitutionnel européen du 29 mai 2005, qui a vu le non l’emporter, Bruxelles rétablit temporairement des quotas pour les textiles chinois. Au même moment, une apparente reprise en main politique se dessine en France: le gouvernement soutient Danone puis GDF et Suez face à des projets d’OPA étrangers.

Mais les délocalisations constituent-elles une menace réelle? Les deux journalistes racontent comme l’INSEE, tentant de mesurer en 2007 le phénomène, compte 106 800 emplois perdus chaque année entre 2000 et 2004. Avant de moduler pour arriver à 15 000 emplois délocalisés chaque année, et seulement pour moitié dans les pays émergents.

Qu’en est-il vraiment?

Sur l’idée contraire, Jusqu’ici tout va bien!, et Désindustrialisation, délocalisations, FONTAGNE Lionel, LORENZI Jean-Hervé, Conseil d’analyse économique

AT Kearney, qui réalise chaque années un Index mondial de la délocalisation, tranche le débat à sa manière. Selon le cabinet de conseil, les échanges de services entre pays développés et pays émergents vont augmenter rapidement et « avec le temps les controverses sur les pertes d’emplois dues aux délocalisations devraient s’amenuiser ».

Les évolutions démographiques vont également accélérer le processus. « Les pays développés devront choisir entre libéralisation de l’immigration et achat de biens et services produits ailleurs », prévoient les auteurs de l’étude. Les jeunes générations d’Inde et d’Egypte sont bien placées pour proposer leurs services aux nations vieillissantes.

Elsa Fayner

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Publié dans : À la une | Bobards | Marché du travail

le 30/05/2011, par Elsa Fayner

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