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Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Les services à la personne vont créer 500 000 emplois: info ou intox? 1 commentaire

« Les services à la personne vont créer 500 000 emplois », « La France est gagnante dans la mondialisation », « Il faut des stock-options pour tous », « Privatisée, l’entreprise se développera », etc. Les journalistes économiques Hervé Nathan (Marianne, ex-Libé) et Nicolas Prissette (JDD) se sont permis de douter dans Les bobards économiques. Nous présentons leurs conclusions et nous poursuivrons cette entreprise de doute. A vos claviers, si vous voulez participer (émettre des doutes, poser des questions, participer aux réponses). . Bobard n° 3 : « « Les services à la personne vont créer 500 000 emplois« 

Début 2005, le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, se doit d’agir. Le taux de chômage est reparti à la hausse depuis deux ans. La droite a perdu aux régionales.

La solution est rapidement trouvée. Il faut développer les emplois à domicile, dont la plupart seront réglés par le chéquier CESU, créé à l’initiative du même Jean-Louis Borloo. Avec un objectif: créer 500 000 emplois en trois ans.

Rappelons au passage qu’en 1992, c’est Martine Aubry qui avait introduit les réduction d’impôt sur les services à la personne.

Créer des emplois de promeneurs de chien

Le plan de 2005 fait émerger une liste officielle d’emplois de service, qui comporte les métiers traditionnels de garde, de ménage ou de soutien scolaire, mais qui promeut également l’activité de promeneur de chien par exemple au rang des vingt-et-un métiers dignes d’être agréés par l’État et fiscalement subventionnés. Ainsi que tous les cours de hobbies à domicile (peinture, musique, cuisine, etc), partiellement pris en charge, donc, par les caisses publiques, notent Hervé Nathan et Nicolas Prisette

Problème: le secteur est loin d’avoir créé les 500 000 emplois promis. L’Agence nationale des services à la personne (ANSP), dotée de 25 millions d’euros annuels, créée par Jean-Louis Borloo, compte de son côté 235 000 emplois nouveaux entre 2006 et 2007.

Il suffit d’avoir travaillé quelques heures dans l’année pour être comptabilisé

Loin de la cible. Mais également qui suscite des questions. L’ANSP recense en effet chaque personne ayant travaillé au moins une fois dans l’année. Une fois seulement. Autrement dit: quelques heures égalent un emploi.

Dans le rapport Bilan et perspectives de septembre de 2008, Michèle Debonneuil, promotrice du dispositif, le reconnaît: en équivalent temps plein (ETP), les 235 300 créations affichées représentent seulement 75 000 emplois (Lire également Services à la personne: la guerre des chiffres).

En réalité, les 500 000 emplois annoncés correspondaient dès l’origine à la compilation d’une multitude de temps partiels, insuffisants pour faire vivre les salariés, établit le Commissariat au plan.

Les comparaisons internationales indiquent par ailleurs, note le même rapport, cité par les auteurs des Bobards économiques, que la France était déjà en 2005 exemplaire en termes de développement du secteur.

Un dispositif coûteux

En attendant, le plan Borloo a amplifié les ristournes sur cotisations sociales.

« Pour les services à la personne, 40% des dépenses sont prises en charge par l’Etat, rappelle Philippe Askenazy lors d’un débat organisé par la CFE-CGC à Paris. Or, le dispositif n’a augmenté que de 4% l’emploi dans le secteur. Autrement dit, chaque emploi créé, payé au Smic, a coûté 10 Smic à l’Etat… »

Pourquoi le dispositif est-il maintenu dans ces cas? « Parce qu’il permet d’afficher un niveau d’imposition plus faible, poursuit l’économiste. C’est l’un des éléments du mitage de l’impôt sur le revenu. Cet impôt a beaucoup diminué ces dernières années, le but étant de le faire disparaître pour dire qu’on n’en pas besoin. D’ailleurs, le débat sur la dépendance est une manière aussi de pérenniser ce crédit d’impôt. Alors qu’il serait plus pertinent de mettre en place des aides ciblées »

Elsa Fayner

Tout les articles du blog sur les services à la personne

Pour démonter les bobards

D’autres bobards demeurent

  • Bobard n°2 – « Les chômeurs ne veulent pas travailler »
  • Corollaire au Bobard n°2 – « Les chômeurs sont des assistés »
  • Bobard n°3 – « Les services à la personne vont créer 500 000 emplois »
  • Bobard n°4 – « La France est gagnante dans la mondialisation »
  • Bobard n°5 – « Réduire le nombre de fonctionnaires permet de faire des économies » (nombre de fonctionnaires, etc)
  • Bobard n°6 – « Il faut des stock-options pour tous »
  • Bobard n°7 – « Privatisée, l’entreprise se développera »
  • Bobard n°8 – « Les jeunes sont démotivés au travail »
  • Bobard n°9 – « La solution au chômage: que chacun crée son entreprise » (dur de créer une entreprise, auto-entrepreneurs, free-lance)
  • Bobard n°10 – « Trop de charges en France » (dur d’embaucher, dur de licencier,Licenciements: le boom des ruptures à l’amiable)
  • Bobard n°11 – « L’entreprise doit grossir pour ne pas mourir » (témoignages en ETI)
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Publié dans : À la une | Bobards

le 23/05/2011, par Elsa Fayner

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