Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Les chômeurs ne veulent pas travailler: info ou intox? 10 commentaires

« Les services à la personne vont créer 500 000 emplois », « La France est gagnante dans la mondialisation », « Il faut des stock-options pour tous », « Privatisée, l’entreprise se développera », etc. Les journalistes économiques Hervé Nathan (Marianne, ex-Libé) et Nicolas Prissette (JDD) se sont permis de douter dans Les bobards économiques. Nous présentons leurs conclusions et nous poursuivrons cette entreprise de doute. A vos claviers, si vous voulez participer (émettre des doutes, poser des questions, participer aux réponses). Bobard n°2 – « Les chômeurs ne veulent pas travailler »

Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement Fillon jusqu’en mars 2007, a défendu le projet de loi « droits et devoirs des demandeurs d’emploi ». Principale disposition: l' »offre raisonnable d’emploi » (l’ORE). Deux offres refusées conduiront à la suspension pendant deux mois des indemnités chômage, contre trois offres refusées jusqu’alors, rappellent Hervé Nathan et Nicolas Prisette.

Le mirage des « offres d’emploi non pourvues »

« Nous vivons dans un paradoxe dont ne pouvons nous satisfaire, explique le secrétaire d’État. D’un côté, 1,9 millions de personnes sont au chômage et cherchent un emploi; de l’autre, plusieurs centaines de milliers d’offres d’emploi -vraisemblablement 500 000- ne trouvent pas preneur ».

Depuis quelques années, ces fameuses « offres d’emploi non pourvues » sont devenues le symbole de la réforme « indispensable » du marché du travail, qui ne serait pas assez « flexible ».

Ils seraient « vraisemblablement 500 000 », selon Laurent Wauquiez.

En fait, ce chiffre n’existe pas, expliques les deux journalistes. Aucune étude à la Dares, ni à Pôle Emploi. Ce dernier recense bien les « offres non satisfaites »: celles qui n’ont pas trouvé preneur au bout d’un mois, qu’elles aient été retirées parce que l’entreprise a renoncé à recruter ou a trouvé un candidat par un autre canal, que ce soit des fausses annonces destinées à attirer des candidats pour d’autres postes ou autre. Ce n’est donc pas un indicateur du refus à travailler. Celui-ci n’existe pas.

1000 offres refusées/mois

Seule piste: « Nous procédons à des radiations, racontait Jean-Marie Marx, directeur général de l’ANPE (devenue Pôle Emploi), auditionné lors de la préparation du débat sur la loi « droits et devoirs des demandeurs d’emploi ». Et dans 2% des cas, les radiations résultent d’un refus d’offre d’emploi. Ce qui correspond à un millier de personnes chaque mois ». Donc, 1000 personnes par moi, 12 000 par an (Lire Marché du travail: le mystère des offres non satisfaites).

Ce ne sont quand même pas ces 12 000 personnes qui auraient refusé de travailler 500 000 fois, concluent Hervé Nathan et Nicolas Prisette.

En revanche, Jean-Marie Marx livre une piste: « la plupart des offres refusées émanent de secteurs qui rencontrent des difficultés de recrutement comme le bâtiment ou les transports ». Les hôtels, cafés, restaurants également.

Des secteurs qui font envie…

Des secteurs dans lesquels les salaires restent bas, les conditions de travail pénibles, les horaires à rallonge, les sujétions nombreuses.

Le bâtiment, comme la restauration, recrutent donc beaucoup de travailleurs clandestins. En 2006, 12% des hôtels, cafés et restaurants contrôlés étaient en infraction, près du triple de l’année précédente (lire le reportage Resto Academy, sur les pratiques du secteur). Le BTP cumule de son côté 40% des cas de travailleurs dissimulés, 37% des faux statuts découverts, 52% des embauches d’étrangers sans titre de travail ou encore 89% des fraudes aux Assedic.

Et, quand les emplois sont légaux, il s’agit dans deux cas sur trois d’un CDD de moins de 6 mois. Mal payés, précaires ou à temps partiel, ces emplois sont l’objet d’un turn over considérable. On fait plus alléchant, remarquent les auteurs.

Elsa Fayner

Pour démonter les bobards

D’autres bobards demeurent

  • Bobard n°2 – « Les chômeurs ne veulent pas travailler »
  • Corollaire au Bobard n°2 – « Les chômeurs sont des assistés »
  • Bobard n°3 – « Les services à la personne vont créer 500 000 emplois »
  • Bobard n°4 – « La France est gagnante dans la mondialisation »
  • Bobard n°5 – « Réduire le nombre de fonctionnaires permet de faire des économies » (nombre de fonctionnaires, etc)
  • Bobard n°6 – « Il faut des stock-options pour tous »
  • Bobard n°7 – « Privatisée, l’entreprise se développera »
  • Bobard n°8 – « Les jeunes sont démotivés au travail »
  • Bobard n°9 – « La solution au chômage: que chacun crée son entreprise » (dur de créer une entreprise, auto-entrepreneurs, free-lance)
  • Bobard n°10 – « Trop de charges en France » (dur d’embaucher, dur de licencier,Licenciements: le boom des ruptures à l’amiable)
  • Bobard n°11 – « L’entreprise doit grossir pour ne pas mourir » (témoignages en ETI)
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Publié dans : À la une | Actualité | Bobards | Marché du travail

le 8/05/2011, par Elsa Fayner

10 commentaires

  • Gwenaelle dit :

    Des « bobards » qui relèvent de la désinformation et de la manipulation… Je vais lire cet ouvrage qui remet quelques idées en place!

  • FmR dit :

    Intéressant, sur les offres d’emploi non pourvues il existe bien une étude précise réalisée par l’ANDRH dont vous pouvez consulter un résumé ici : http://www.regionsjob.com/fil_info/3718_300000_offres_d_emploi_non_pourvues.aspx Mais on parle de 300.000, pas de 500.000 qui est un chiffre complètement inventé par certains hommes politiques (sans doute pour faire un compte rond spectaculaire).

  • arbobo dit :

    l’autre bobard, devenu stratégie dangereusement répandue dans les années 2000, c’est de refuser de dire qui l’on est.

    le FN qui refuse d’être taxé d’extrême-droite,
    Hortefeux qui n’est pas raciste,
    maintenant Laurent Wauquiez qu’il faudrait croire « social » sous prétexte qu’il revendique cet adjectif alors que TOUT dans son discours le dément…

    social? par rapport à qui? :-/

  • Verel dit :

    Curieux raisonnement qui consiste à d’abord expliquer qu’il n’existe pas ou pratiquement pas de chômeurs qui refusent de travailler puis ensuite d’expliquer que de toutes manières ils ont raison de le faire!

    Ceci dit, affirmer que « les » chômeurs refusent de travailler ne peut qu’être faux, comme de dire que « les » chômeurs veulent absolument travailler serait faux

    Parmi les chômeurs, il y a de tout, et certains ont envie plus que d’autres de travailler

    Encore vaudrait il mieux changer la formulation et dire que les chômeurs ont envie de travailler mais pas à n’importe quelles conditions, et que les conditions posées varient selon les individus. Et que l’existence d’un système de protection sociale leur permet d’être plus exigeant que s’il n’y en avait pas

    Ces exigences sont elles trop importantes? Selon quels critères peut on répondre à cette question?

    Tout cela mériterait un article complet que je ferais volontiers un de ces jours sur mon blog

    En attendant, une remarque : dans la restauration comme dans le bâtiment, on trouve, pour les niveaux de qualification demandés, des salaires relativement élevés et des possibilités d’évoluer qu’on ne trouve absolument pas ailleurs . mais il est vrai que les conditions de travail ne sont pas attrayantes

  • Chefredo dit :

    @Fmr : le lien de l’ANRH qui mentionne « 300 000 » offres non pourvues ne fait référence à aucune source statistique sérieuse. L’ANRH ne fait que reprendre un chiffre fantaisiste que nos communicants ont vite arrondi à 500000 histoire d’enfoncer le clou !
    Je crois avoir lu il y a quelques années qu’on était arrivé à 300 000 par le tour de passe-passe suivant : on comptait alors moins de 150 000 offres non pourvues à l’ANPE (toutes les réserves telles qu’exprimées dans l’article s’appliquent évidemment à ce chiffre). Comme l’ANPE a (officiellement) 35 à 40% des offres d’emploi, on en a déduit ce chiffre bien plus impressionnant pour le « peuple » : 300 000 postes ne seraient pas pouvus !

  • Bonjour,
    Je n’ai que 14 ans mais je souhaite vous faire part d’une petite information :
    Mon père tient une entreprise avec des salariés. Seulement, il ne se bougent pas ! On croirait qu’il s’en foute d’avoir un travail. Ils sont tellement bien payé à rien faire (le smic), qu’ils voient pas l’intérêt de bosser ! Je pense que c’est pour beaucoup d’auto-entrepreneur comme ceci ! Voilà. Bonne journée à tous.

  • Anonyme dit :

    Les chômeurs ne veulent pas travailler? Ben, quoi de plus normal. J’apprends en plus des diverses aides dont ils peuvent beneficier que pole emploi degage une enveloppe de 1500e par tete de pipe pour financer le permis B. Alors que certains gamins bossent pendant leurs vacances pour se payer le permis. Nos jeunes étudiants prolo n’ont parfois même pas de quoi manger, chez nous, en France!!! A ce sujet les restaurant du coeur feraient bien de faire un tri!
    Le social à outrance sous prétexte de nos bons droits tue notre société qui s’essouffle et degoute les petits travailleurs comme moi!! Si on me licencie promis j’arrête de bosser et ma retraite sera de toutes façons equivalente au minimum perçu alors a quoi bon travailler!

    Encore quelques annees à ce rythme et gauche comme droite -que je mets dans le même panier- auront atteint le point de non retour si ce n’est déja le cas. Mon raisonnement, déjà classé de superficiel et facho, est malheureusement celui de beaucoup. Cette dégradation est perceptible au quotidien et je suis très inquiet car je dois bien reconnaître qu’à 38 ans je n’ai encore jamais ressenti jusqu’à ce jour un climat aussi alarmant et pessimiste peu propice à l’épanouissement. Je regrette de m’être trompé d’époque et j’en suis triste!! Que va ton laisser à nos enfant?

  • Anonyme dit :

    Suis au chômage depuis très très longtemps (sénior) – je survis, d’expédients et de prolongations d’ASS – vie socio-professionnelle en dents de scie…
    Vais prochainement faire l’objet d’une radiation par Pôle-Emploi (avec suppression des 460€ d’aide), parce que j’ai décliné l’offre d’intégrer une énième tournante (ultra-libérale)… c’est à dire l’un de ces innombrables ronds-points obligatoires dont le système s’est doté pour maintenir les gens dans le plan de circulation (biens et personnes).
    Bref, à bientôt 60 ans (et après avoir pas mal massacré ma vie pour avoir voulu me sur-adapter il y a maintenant fort longtemps), je pourrais être cataloguée dans ces « chômeurs qui ne veulent pas travailler », certes, mais, par peur. Trop de « burn-out », trop de proximité avec la dépression et les « contrats précaires ». Je souhaite échanger à ce propos.
    Merci pour votre site, et qui sait, la suite que vous voudrez bien donner à ce contact.

  • Job dit :

    C’est parce que la question (les chômeurs veulent ils travailler ?) est mal posée que l’on commence par dire ce n’est pas vrai pour conclure que ce serait souhaitable.

    La question c’est travailler pourquoi, comment, à quel tarif, etc.
    Cette société ne veut pas de la liberté de n’importe qui quant à ces questions. Ainsi on ne touche pas le chômage lorsque l’on démissionne, pas question de garantir la possibilité aux salariés de faire le tri parmi les emplois disponibles, souvent nuisibles, inutiles, pénibles, mal payés.

    Une étude veint de sortir qui évalue à 1650 000 le nombre de pauvres qui auraient droit au RSA et ne le demandent pas (http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5935). À -ton vu la presse main stream et nos ministres se demander suite à ça si « les chômeurs veulent l’abolition de l’argent », les « chômeurs refusent l’état social et son contrôle », « les chômeurs sont-ils en grève de la fin » ou quelque autre question du genre ? Ceux qui posent cette question sur les chômeurs qui travaillent pas ne sont que les organisateurs du travail des autres, dont ils profitent (ce Wauquiez est une caricature, né avec une cuillère en argent dans la bouche, patron richissime, etc., un menteur de la pire espèce avec sa droite aussi « sociale » que le serait la fraude)

    Nous sommes conduits à être trop gentils. Soyons pires !

    Il n’est de pire chômeur que celui qui se fait entendre
    http://mcpl.revolublog.com/il-n-est-de-pire-chomeur-que-celui-qui-se-fait-entendre-a24414592

  • Julien R dit :

    Concernant le secteur bâtiment BTP, dont on entend qu’il serait en pénurie de main d’oeuvre (depuis des décennies !), je signale l’existence de ce livre :

    « Chantier interdit au public. Enquête parmi les travailleurs du bâtiment » par Nicolas Jounin, sociologue (2008).

    On peut trouver des interviews de l’auteur en vidéo, sur le web (par ex sur Dailymotion.com).

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