Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Auto-entreprise: c’est pour qui? 10 commentaires

Et voilà le travail lance un appel à témoins: vous êtes auto-entrepreneur ou vous accompagnez ces patrons d’un nouveau genre, vous souhaitez témoigner de votre expérience, écrivez-moi.

580 200. C’est le nombre d’entreprises créées en 2009 en France. 75 % de plus qu’en 2008. Un record sans précédent, qui s’explique en deux mots : auto-entrepreneur. Plus de la moitié des créateurs d’entreprises désormais sont des auto-entrepreneurs.
Ce nouveau statut, qui a vu le jour le 1er janvier 2009, permet aux salariés, aux chômeurs, aux retraités ou aux étudiants de développer une activité principale ou de compléter leurs revenus, avec des démarches simplifiées. Fini le parcours du combattant pour créer son entreprise

L’auto-entreprise est en effet devenue un marche-pied pratique pour les jeunes qui veulent tester leur projet d’entreprise. Le statut permet aussi à beaucoup de salariés de monnayer leur passion du dimanche, et donc de blanchir le travail au noir. D’ailleurs, d’après un sondage de l’Ifop, 41% des auto-entrepreneurs sont des chômeurs.

Xavier était informaticien. Il a été licencié. Il a monté son entreprise de création de sites internet. Comme la moitié des auto-entrepreneurs, il espère en vivre. Lui s’est installé dans son garage. « J’hésitais depuis quelques temps, je ne comprenais rien aux démarches. En découvrant la simplicité du statut d’auto-entrepenreur, je me suis décidé : pas besoin de se déplacer ni de payer quoi que ce soit pour se lancer », témoigne le jeune homme. « Et la compta est hyper simple : je n’ai qu’à garder les factures ». Xavier a conservé les clients pour lesquels il travaillait quand il était salarié. Simplement, désormais, il peut facturer plus cher.

Seule obligation : le chiffre d’affaires des auto-entrepreneurs ne doit pas dépasser 80 000 euros pour les activités commerciales, et 32 000 euros pour les services.

Pourtant, parmi les pionniers à avoir adopté le nouveau statut, les deux tiers n’ont déclaré aucun chiffre d’affaires en 2009. Ils n’ont eu aucune activité. Et pour le tiers restant, le chiffre d’affaires s’est élevé à 1 330 euros par mois en moyenne.

Pour quelles raisons?

Vous souhaitez témoigner sur l’auto-entreprise ? Écrivez-moi.

Aux États-Unis, les travailleurs indépendants se sont multipliés pendant la crise. Lire l’article du New-York Times, publié en français dans Courrier International.

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Publié dans : Auto-entrepreneur | Contrats de travail | Marché du travail

le 12/02/2011, par Elsa Fayner

10 commentaires

  • M.sébastien dit :

    L’auto-entrepreneur est stérile !

    Le statut lui-même ne permet pas de se développer, c’est systémique ! C’est juste bon pour avoir un revenu complémentaire.

    Le rapport de 2 chercheuses pour le CNRS et l ‘université de Paris X Nanterre le démontre clairement
    http://interim.over-blog.com/article-valentin-le-saint-auto-entrepreneur-est-il-sterile-44835885.html

  • krysalia dit :

    Je crois qu’on s’achemine vers une gigantesque catastrophe dans quelques années. Ceux qui font le même boulot en tant qu’autoentrepreneur qu’ils faisaient en tant que salariés oublient qu’ils ont perdu au passage les protections sociales et les cotisations qui leur assuraient (autant que faire ce peut) un aterrissage en douceur en cas de licenciement.

    la durée de vie moyenne des entreprises classiques à 5 ans est déjà assez faible il me semble… Comment les autoentrepreneurs qui vivotent aujourd’hui feront pour gérer le quotidien quand leur entreprise aura périclité, un, deux, ou trois ans plus tard ?

    Je discute avec des photographes plus ou moins amateurs sur les forums que je fréquente, et je suis effarée de voir qu’une grande partie des gens se tournant vers ce statut en quête de légalisation de leur travail au noir ne comprennent rien aux systèmes de cotisations, à la gestion du risque avec ce que ça comporte de prévisions… Certains confondent même le « tu ne paies d’impôts que si tu gagnes » avec la déclaration de revenus, qu’ils pensent ne plus avoir à faire en fin d’année. Bien entendu ce n’est pas une majorité, mais je reste effrayée de savoir tous ces gens lâchés dans le monde de l’auto-entreprise, les yeux bandés, avec ce grand ravin tout proche…

  • Pierre Morel dit :

    Je confirme le commentaire de krysalia sur les ravages qu’est l’auto-entrepreneur. C’est particulièrement vrai dans les professions où l’on est indépendant et où il existe déjà un statut ou un régime sociale qui permet d’ exercer. Par exemple, journaliste pigiste, photographe auteur ou graphiste sont des métiers qui ont un statut (salarié pour le journaliste) ou un régime sociale de cotisation (à l’Agessa pour les photographes auteurs, à la Maison des Artistes pour les graphistes).

    Ces statuts et régimes sociaux fonctionnent et marchent depuis des années et sont même souvent bien plus avantageux que l’auto-entrepreneuriat.
    Le problème étant que la publicité (site web du gouvernement, campagne de pub etc) faite autour de l’auto-entrepreneur ajoutée à la facilité de se lancer (en deux clics ou presque) font que beaucoup de gens se mettent en auto-entreprise alors même qu’ils devraient avoir un autre statut ou régime sociale.

    Ils peuvent aussi le faire par pression de l’employeur (je bosse en ce moment pour un journal qui m’a demandé de me mettre en auto-entrepreneur, ce que j’ai refusé, mais le rédacteur en chef de ce journal qui a un bureau dans la rédaction est lui en auto-entrepreneur, c’est pour dire la gravité !), ou sans avoir conscience à moyen et long termes des désavantages que représente ce statut.

    Sous couvert de vouloir régulariser le travail au noir et de permettre à des personnes d’avoir des revenues d’appoint, j’ai bien peur que ce statut nous dirige tout droits vers une société où chacun devient prestataire de service sans qu’aucune contreparties (sécu sociale, assurance chômage, etc.) ne viennent combler la précarité de fait d’une telle situation.

  • JT dit :

    Je suis designer et, quand je présente mon book dans les entreprises, on me demande si j’ai un statut, pour pouvoir me confier la mission. On me conseille souvent rapidement de me mettre auto-entrepreneur.
    Pour me lancer, j’ai beaucoup regardé le sstatut. Mais j’ai finalement opté pour le portage salarial. Car je ne suis pas sûre de vouloir me mettre à mon compte. Par la Chambre de commerce et d’industrie, j’ai découvert le portage, pour tester l’activité. C’est pratique parce que je n’ai pas connaissance de la partie administrative de la gestion de l’entreprise.

    Mais c’est sûr que c’est moins intéressant financièrement que l’auto-entreprise: je travaille avec un auto-entrepreneur, et il gagne deux fois plus que mois. Parce qu’avec le portage salarial, on cotise comme un salarié, pour le chômage, la retraite, etc. Et puis il y a des frais pour le portage.
    Cela dit, pour ce collègue, ce n’est qu’un complément d’activité, il a un CDD par ailleurs. Parce que tout parier sur l’auto-entreprise, c’est trop risqué. C’est un statut tellement simple que tout le monde l’adopte, mais trouver des clients et des missions, c’est une autre histoire. C’est pourquoi je reste en portage salarial, je ne suis pas sûre que mon activité marche dans la région, qu’il y ait assez de clients.

  • Deb dit :

    Informaticien, je me suis inscrit comme auto-entrepreneur courant 2009. L’inscription sur internet n’est pas si facile que ça, j’ai même dû aller voir une association d’aide à l’emploi pour m’aider à la remplir. Je conseille d’ailleurs à tout le monde de remplir son dossier avec quelqu’un qui connaît bien, parce qu’après c’est l’engrenage et personne ne vous aide. Moi, j’ai eu des tas de problèmes au départ. Ma première inscription a été annulée. Puis j’ai été radié, en 2010. Parce que le plafond de 32000 euros de chiffre d’affaire par an est en réalité proratisé au nombre de jours travaillés: si je ne travaille que 6 mois, le plafond est de 16000 euros. Ce que je ne savais pas… D’ailleurs, personne n’était au courant, même à l’Urssaf. J’ai donc bénéficié d’une indulgence, et j’ai pu redevenir auto-entrepreneur.

    Ce que j’ai fait. Avant, j’étais salarié, en CDD, et je devais être embauché. Mais la crise est passée par là et mon dirigeant direct m’a demandé de me mettre en auto-entrepreneur. C’est bien pour lui parce qu’avant il me payait même quand il n’y avait pas de boulot. Et pour moi, c’est un bonne idée parce que j’ai beaucoup de boulot. Mon ex-employeur continue à me faire travailler, et j’ai pu démarcher de nouveaux clients. Pour une activité de services comme la mienne, avec peu d’investissement, de frais et de loyer (j’habite chez ma mère), c’est un bon statut. Il faut surtout varier les clients, ne pas dépendre d’un seul. Et travailler tout le temps. En 2009, j’ai gagné jusqu’à 4000 euros net par mois.
    Là-dessus, je paie une mutuelle et mes congés. En revanche, je ne cotise pas au chômage. Et je n’ai pas intérêt à tomber malade trop souvent. Mais on ne peut pas tout avoir…
    Le problème, c’est que je dépasse le plafond de 32000 euros de chiffre d’affaire, donc j’ai demandé à mes clients de facturer le surplus en 2010. Mais ça n’est pas tenable. Je vais devoir passer en SARL. Et payer beaucoup plus de charges

  • Anonyme dit :

    J’ai 51 ans, j’étais esthéticienne et j’ai été licenciée après un accident du travail. J’ai passé avec Pôle Emploi une trentaine d’entretiens sans succès. J’étais toujours « trop vieille ». Ma conseillère a fini par me conseiller d’arrêter de chercher de cette manière, et de me rendre plutôt dans les salons d’emploi pour seniors. Moi, je me suis surtout inscrite comme auto-entrepreneuse, en mai 2010. Je me suis faite accompagnée par une structure d’insertion de mon département, en région parisienne. J’ai recontacté ma clientèle, pour leur dire que je continuer à être esthéticienne, mais en indépendante.
    Ca marche pas mal. Je suis tout le temps au domicile des clients, beaucoup chez les personnes âgées. Je démarche aussi les maisons de retraite. Le statut d’auto-entrepreneur me permet de démarrer sans investissement de départ, d’y aller doucement. Je vais maintenant mieux m’équiper, et mieux m’informer. D’ici deux ans, je voudrais changer de statut, créer un vrai centre de soin et aider les jeunes qui veulent se à l’esthétique.
    Ca ne veut pas dire que c’est facile pour autant. Ca n’est jamais léger de démarrer une activité, faut y aller, s’accrocher, surtout en ce moment, avec la crise… Et puis, j’ai quand même des charges à payer tous les trimestres.

  • Franck dit :

    J’ai été indépendant. Maintenant que je suis salarié et j’effectue encore des missions en parallèle de mon emploi en temps plein et le statut d’auto-entrepreneur est idéal DANS CES CONDITIONS.
    La démarche de création n’est pas simple mais quand même beaucoup plus simple que la création d’entreprise, et je n’ai pas droit à une aide de pôle emploi pour cette création… Le portage salarial est problématique car il faut signer un contrat avec une seconde entreprise, ce que la première n’autorise pas forcément. JE SALUE ce statut POUR CELA.
    J’ai eu beaucoup d’information au dépôt du statut d’auto entrepreneur, y compris une formation sur 1/2 journée à l’URSAFF sur les avantages/inconvénients du statut et comment en changer.
    Celui qui veut vivre de ses missions ne doit pas être auto entrepreneur mais doit créer une entreprise. L’auto entrepreneur est utilise pour démarrer l’activité pendant 1 ou 2 ans, surtout quand on bénéficie du chômage.
    Il ne faut remettre en cause le statut mais il faut accompagner l’utilisation qui peut en être faite. Je ne suis pas d’accord avec les risques de catastrophe… beaucoup de chômeurs pensent « et si je crée mon activité ». C’est bien mais c’est difficile et là, enfin, on a un statut pour essayer.
    Je ne connais pas de freelance à temps plein qui travaille avec ce statut. Ils sont soient en CDI soit créateur de leur entreprise…

  • Nathalie dit :

    Personnellement, sans le statut d’auto entrepreneur, jamais je ne me serais lancer. Avec ce statut j’avance et je construis mon activité sans stress, puisque je paie des charges à hauteur de ce que j’encaisse, quand j’encaisse une prestation
    A terme, je changerai de statut, quand mes projets et mon chiffre d’affaires ne me permettront plus de rester auto-entrepreneur. C’est tout ce que je me souhaite ((-;
    Bonne soirée

  • Anonyme dit :

    Il fallait bien se douter que les employeurs allaient jouer à ce petit jeu.
    Pourtant au titre de l’article L1221-1 du code du travail sur le contrat de travail, la jurisprudence considère que : « bien qu’ayant accepté une novation substituant à son contrat de travail  » une convention de type purement libéral, un enseignant qui continuait à assurer des tâches enseignement qui lui avaient été primitivement dévolues, sous la direction et la responsabilité de l’école XXX, même s’il était tenu de ses convenances dans l’aménagement des horaires, en sorte que cette activité, exercée sous la dépendance d’un employeur, ne pouvait avoir un caractère libéral, la seule volonté des parties est impuissante à soustraire l’enseignant au statut social qui découle nécessairement des conditions d’accomplissement de son travail
    (AP 4 mars 1983, Bull. p. 5 ). Ce d’autant plus qu’une relation de subordination est caractérisé par le fait de recevoir des instructions et de devoir rendre compte de ses activités. (Soc 15 juin 1999). Or le contrat de travail organise précisément le lien de subordination… ce que ne fait pas le statut d’auto-entrepreneur.
    Pour plus de renseignement contacter le SNPEFP-CGT

  • Christing dit :

    J’ai adopté le statut d’auto-entrepreneur car je travaille à temps partiel mais régulièrement comme rédactrice pour une société étrangère qui a des correspondants dans plusieurs pays et nous rémunère tous comme « consultants », ne voulant appliquer une législation du travail unique aux personnes qui vivent dans les différents pays. Si ce statut n’existait pas, je ne pourrais pas faire ce boulot, c’est clair. Ou alors, je le ferais au noir… Je préfère donc déclarer mes revenus et payer mes charges, qui sont bien moins élevées que ce que je devrais payer si j’étais en libéral. Je ne dis pas que le statut d’auto-entrepreneur est idéal. Mais il est nécessaire, surtout au vu des niveaux de rémunération proposés par bien des boîtes. J’ai été un moment en portage mais laisser 60 % des montants facturés, c’est tout simplement impossible quand on ne travaille pas dans des secteurs grassement rétribués. Le statut d’auto-entrepreneur (associé à des vacations salariées) me permet de m’en sortir toute seule, sans aide d’aucune sorte, alors que j’ai un âge et un profil pas vraiment cotés sur le marché du travail français. C’est déjà pas mal. Il n’y a pas de fatalisme là-dedans, juste du réalisme. Remarquez que je travaille comme auto-entrepreneur pour une boîte d’Amérique du Nord, continent qui n’est pas un modèle pour ce qui est de la protection des travailleurs, mais c’est cette boîte-là qui m’a proposé un boulot dans lequel je m’épanouis et pour lequel je suis performante, pas une boîte française. Ces dernières m’ont surtout utilisée comme employée jetable quand j’étais salariée. Et les modes de management étaient tellement archaïques que je ne regrette pas du tout cette époque. je crois que de nouveaux modes de collaboration et de travail se dessinent, le statut d’auto-entrepreneur en est un signe, et les choses vont continuer à bouger pendant pas mal d’années encore.

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