Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Au royaume d’Ikéa, le salaire n’est pas roi 8 commentaires

Photo Cédric Faimali, www.collectifargos.com.

Photo Cédric Faimali, www.collectifargos.com.

Depuis lundi, le siège d’Ikéa est investi par des représentants du personnel. Mardi, trois magasins – Plaisir, Paris-Nord et Franconville – n’ont pas pu ouvrir leurs portes. Et si les principes établis par le mythifié fondateur de l’enseigne suédoise n’étaient plus supportés.

Les salariés réunis devant le magasin yvelinois ont exprimé leur « ras-le-bol », peut-on lire sur lefigaro.fr. « Ikea France dégage toujours des bénéfices énormes, les augmentations de salaires ne suivent pas et les conditions de travail sont exécrables », a dénoncé Jean-Paul Barbosa, CFDT et membre du comité européen, qui cite notamment les « CDD pas reconduits », « la baisse de 15 à 20% des heures travaillées en caisse depuis l’arrivée des caisses rapides » et « l’augmentation de la mutuelle ». « Les salariés travaillent le dimanche, majoré à 115%, non par choix mais pour survivre », a-t-il ajouté.

De son côté, toujours selon le figaro.fr, Ikea fait valoir la « possibilité de choisir chaque année son temps de travail (33 ou 35H) » et « une politique de rémunération construite dans le temps » avec un 13e mois, un « minima le plus bas pour 35H à 1.464,57 euros mensuel brut » et « un plus participation et une prime d’intéressement ».

Une équipe de foot au royaume d’Ikéa

C’est qu’Ingvar Kamprad, le fondateur d’Ikéa, a une conception bien particulière du travail. Dans son « Testament d’un négociant en meubles », consultable par les salariés des magasins, le fondateur de la marque évoque « l’héritage Ikéa », tutoyant les salariés, avec lesquels il forme « une équipe de fanatiques », comparée à une équipe de football, dont les membres devraient être « modestes, résolument enthousiastes, et merveilleusement unis pour le meilleur et pour le pire ».

Une super ambiance, pour un petit effort

En découle une conception également particulière de la rémunération du travail. il va jusqu’à la promouvoir au rang de principe: « Entretenir le sentiment d’appartenance et l’enthousiasme pour le travail est d’une importance primordiale pour notre réussite. C’est ce petit avantage en plus qui attire de bons collaborateurs et qui fait que nos collaborateurs actuels sont prêts à faire ce petit effort supplémentaire qui nous permet d’être meilleurs que nos concurrents ».

Les salariés doivent donc participer à ce « petit effort ». Mais en quoi consiste-t-il exactement ? Ingvar Kamprad s’appuie sur « de nombreuses études », selon lesquelles l’intérêt de la tâche, la reconnaissance, la bonne ambiance, et l’appartenance à une entreprise qui fait des bénéfices l’emporteraient largement sur « les horaires, la voiture de fonction, etc. », mais également sur … le salaire.

Des activités à gogo

Parmi les critères susceptibles de motiver les « collaborateurs », le fondateur mythifié d’Ikéa cite « les tâches [à] accomplir », s’appuyant toujours sur « de nombreuses études ». Plus précisément, il s’agit de présenter ces tâches comme variées, faisant appel à la responsabilité, l’imagination et le sens pratique de chaque travailleur. Mais ce n’est pas tout. D’autres critères sont réputés stimulants, pour Kamprad : « l’appréciation que montrent le responsable et les collaborateurs pour le travail accompli, les relations sur le lieu de travail et au-dehors, la participation dans une équipe qui réussit, etc. »

Mais surtout pas de responsabilités cruciales

En revanche, prendre part aux décisions cruciales de la vie et de l’avenir du magasin ne fait pas partie des éléments que le fondateur pense susceptibles de motiver les troupes. Son ennemi n°1: ce qu’il appelle la « bureaucratie », autrement dit les réunions multiples, les échanges entre services, la rédaction de rapports, synonymes pour lui de pertes de temps.Et le fondateur de conclure, à l’intention de ses employés: « Rappelle-toi que le pire ennemi de la bureaucratie est un groupe réduit de décisionnaires ».

Quelques décisionnaires pour les choix décisifs, et une pléthore d’employés pour décider si la bibliothèque Billy se monte de bas en haut ou de gauche à droite.

Elsa Fayner

Sur Ikéa, un livre passionnant: Ikéa, un modèle à démonter, de Denis Lambert, secrétaire général d’Oxfam-Magasins du Monde, Belgique, et Olivier Bailly, journaliste indépendant.

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Publié dans : Actualité | Au magasin | Entreprises | Ikéa | Salaires

le 15/02/2010, par Elsa Fayner

8 commentaires

  • whig dit :

    « Ikea France dégage toujours des bénéfices énormes » : hors de propos, on n’est pas encore (complètement) au Vénézuela. Ikéa n’est pas la Poste.

    Ceux qui veulent toucher des « bénéfices énormes » sont libres de fonder une
    entreprise, de la faire prospérer et d’employer des milliers de salariés, au risque cependant que les choses ne se passent pas ainsi.

    Les autres, les plus nombreux, se contenteront de 1500 euros plus prime, intéressement et treizième mois, comme indiqué sur leur contrat, librement signé et pouvant, à tout moment, être rompu.
    La liberté, c’est ça. Faire des choix.

  • Elsa Fayner dit :

    Non coté en Bourse, Ikea n’est pas soumis à la publication de ses résultats complets et détaillés et communique très peu de détails financiers.

    Tandis que les syndicats soulignent qu’Ikea France a réalisé 52 millions d’euros de bénéfice net en 2009, un chiffre qu’a refusé de confirmer la direction à l’AFP.

  • whig dit :

    Chère Elsa,

    Toutes les sociétés commerciales (ou autres) sont tenues à la publication annelle de leur bilan ; on peut consulter à volonté (gratuitement) ces documents sur les sites des Tribunaux de Commerce ou de renseignements commerciaux.
    Rien à voir donc avec une éventuelle cotation en bourse.
    Voici le lien pour le bilan 2008 d’Ikéa France, qui annonce un résultat net de 81000000 d’euros .
    http://www.societe.com/bilan/meubles-ikea-france-snc/351745724200808311351745724200708311.html

    D’autre part, Ikéa est une société en nom collectif, ce qui signifie que les associés sont tenus indéfiniment et solidairement des dettes sociales.
    En d’autres termes, en cas de retour de fortune, vous n’avez plus de maison(s), de meubles (sic), de voiture(s)… c’est la ruine personnelle.

    Les bénéfices pourraient être dix supérieurs qu’ils n’appartiendraient toujours qu’aux propriétaires de l’entreprise, pas à ses salariés : c’est le prix du risque, du courage et du talent et ce n’est que justice.

    Merci

  • lahici dit :

    Whig laisse croire que les « propriétaires de l’entreprise »,
    qui disposent sans partage des bénéfices,
    en disposent de plein droit (légal c est sur, mais surtout moral)
    car « c’est le prix du risque, du courage et du talent et ce n’est que justice « .
    méditons un peu …
    car si je suis d accord pour le cas d entreprises qui se créent… j ai plus de mal pour celui qui « hérite » de l entreprise par exemple.

    Par ailleurs, les salariés « se contenteront de 1500 euros plus prime, intéressement et treizième mois, comme indiqué sur leur contrat, librement signé et pouvant, à tout moment, être rompu. »
    … laisse pensez que l auteur de ces mots n a aucune idee de ce qu est le « marché » du travail …
    Ou et quand le salarié est il vraiment libre … on le maintien a un niveau de vie limite et dans la précarité .
    Le salarié ne prendrait donc aucun risque ? jamais ? Savoureux.
    Le salarié n aurait aucun courage ? Ses laches ..tous …
    Le salarié n aurait pas de talent ? Dont acte

    Le salarié est un sous homme donc, méprisable parce qu incapable de créer une entreprise?

    alors 2 questions:
    1- comment feraient les entreprises si elles ne disposaient pas de masse de salariés a exploiter (et a qui elles peuvent dire : « va crever ailleur, y en a 10 comme toi qui attendent ta place … » ?)
    2- le plus « indispensable » pour etre proprietaire d une entreprise … en creation ou en rachat … c est évidemment de l argent.

    « La liberté, c’est ça. Faire des choix. » Oui, mais certains n ont de liberté de choix qu entre la peste et le cholera.

    La lutte continue. Le débat aussi.

  • PEKIN dit :

    Pour avoir travaillé chez IKEA comme cadre (gestion,logistique,informatique ) pendant 14 ans au tout debut de son implantation en France (1981), j’ai malheureusement connu et observé les dérives dont se plaignent les salariés. En 1995 le salaire d’une opératrice de saisie pour 39 heures était ( je cite de mémoire) d’environ 7000 francs brut auxquels s’ajoutaient une prime de résultat tous les 4 mois (appelée prime du « tertial), la participation puis l’interessement. Et le 13e mois.

    Ikea souffre ajourd’hui de schizophrénie. D’un cote l’appât du gain a tous les niveaux (j’ai eu l’occasion de voir aux infos des visages connus parmi ceux qui représentent la direction d’Ikea France ), d’un autre cote, pour le personnel de base un endoctrinement sur des valeurs purement idéologiques basees sur le respect, la proximité avec la hiérarchie (certains sont flattés de tutoyer le PDG ) et surtout l ‘ « esprit IKEA ». Il faut non seulement lire Le testament etc mais également  » Le temps des possibles n’est pas revolu ».
    D’ingvar Kamprad bien sûr.

    Les voiles tombent en ce moment celui d’IKEA aussi je le constate avec plaisir mais aussi une pointe de regret car pendant quelques annees j’ai vecu chez eux une belle aventure professionnelle. Etre pro, avoir des résultats, ne suffit pas il faut aussi avoir l’esprit IKEA, c’est-à-dire entrer dans un moule, être docile. DIFFICILE

  • PEKIN dit :

    Re bonjour

    J’ai reagi a « chaud » tout a l’heure.Je n’enleve rien de ce que j’ai ecrit bien sur.
    Je voudrai reagir aux post de Whig qui visiblement est un salarie d’IKEA probablement meme qu’il a un poste d’encadrement et c’est sur ce point precis que je voudrais l’interroger.
    IKEA comme nombre de societes de distribution mme si elles ne sont pas dans le meme secteur emploie beaucoup d’etudiants et de temps partiels.
    Je me souviens des difficultes a gerer des equipes non homogenes que rencontraient mes jeunes collegues.
    Les etudiants travaillent pour l’alimentaire,les temps partiels pour grapiller quelques heures de plus .Il est donc bien difficile a ceux en temps complet qui exercent un metier de les concurencer sur le plan de cette fameuse « disponibilite » (je suis intervenu a plusieurs reprises pour contester des avertissements infliges a des caissieres parce qu’elles etaient injoignables leur jour de conge.)

    La structure des effectifs est telle que des personnes travaillant dans le meme service peuvent ne jamais se rencontrer.

  • Theodose Thierry dit :

    @whig

    C’est sûr que 1500 euros brut plus primes c’est un salaire qui tue…. et qu’on ne devrait pas avoir à se plaindre… si on vit en Inde en Egypte ou au Venezuela . Faire grève c’est aussi faire le choix de sacrifier les journées qui auraient dûes être travaillées afin de faire valoir une misérable augmentation qui ne ruinera pas Ikea (on peut le penser..)
    Au fait si vous êtes bons en maths retirez 23% à 1500 euros et vous verrez combien il reste à la fin. Ah c’est sûr on a signé un contrat… mieux vaut smicardiser les employés, les déresponsabiliser au maximum, et faire faire peu de cas de leurs conditions de travail. Le jour ou les directions d’entreprises qui font des bénéfices auront compris qu’une paix sociale s’achète SURTOUT avec des salaires motivants. Un employé heureux est un employé qu’on REND productif avec une partie de son salaire qu’il peut mettre de côté pour ses loisirs , et non pas survivre au jour le jour comme justement en Inde, en Egypte ou au Venezuela…

  • Elsa Fayner dit :

    Bonjour,

    pour répondre à Whig et puisque je vient d’avoir le service de presse d’Ikéa en ligne: Meubles Ikéa France est une Société en Nom Collectif, non cotée en Bourse. Elle communique donc sur son chiffre d’affaire (2,22 milliards en 2009 en France, +7% en un an), mais pas sur ses bénéfices.
    Elle annonce également 200 millions d’investissement en France en 2010 (120 millions pour l’ouverture de nouveaux magasins, et 80 millions pour l’entretien ou le réaménagement des anciens).
    Le turn-over est de 14% en 2009, le taux d’absentéisme de 13,7%.

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