Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« 8 kg pour un jambon, 15 kg pour un seau de choucroute » 1 commentaire

mainkiecrit1Chronique de Marielle Dumortier, médecin du travail, auteure de Mon médecin du travail.

Julie a 50 ans, elle travaille depuis l’âge de 18 ans dans le même hypermarché. Elle est depuis une dizaine d’années responsable du stand « charcuterie-fromage à la coupe »
C’est elle qui gère les commandes et les plannings. Comme ses deux collègues qui travaillent à ce stand, elle doit le matin ranger les livraisons dans les chambres froides, faire la mise en place dans les vitrines, être à la vente et le soir laver et  ranger.

Une épaule qui crie à l’aide

Depuis six mois, elle souffre de son épaule gauche.
Ces douleurs deviennent de plus en plus invalidantes, je la mets en inaptitude temporaire en septembre 2008,  lui fais un certificat médical pour qu’elle puisse être reconnue en maladie professionnelle et la dirige vers son médecin traitant.

Un seau de choucroute de 15 kg

Je revois Julie trois mois plus tard, elle ne souffre plus, elle a été reconnue « en maladie professionnelle » et veut à tous prix reprendre son ancien travail.
Je suis inquiète pour elle, je lui explique que reprendre les manutentions lourdes et répétées (8 kg pour un jambon, 15 kg pour un seau de choucroute, etc.) risque de provoquer à nouveau des douleurs aux épaules.
Julie ne s’imagine pas dans un autre métier, elle aime ce qu’elle fait, ses « petits » clients lui manquent, elle me dit qu’elle en a parlé avec Marc son directeur.
Je contacte Marc, il me confirme qu’il va organiser le travail différemment et que Julie sera ménagée, qu’il a besoin d’elle, que les fêtes approchent…

Un trancheur à jambons trop haut

Je la laisse reprendre avec des restrictions sur le port de charges.
Deux jours plus tard, je viens dans le magasin pour faire  l’étude du poste de travail de Julie. Marc m’accompagne. Julie nous explique et nous montre les multiples gestes qu’elle doit faire, et les postures qu’elle doit tenir.
Plusieurs préconisations sont alors faites : ne pas mettre les marchandises les plus lourdes en hauteur, utiliser le plus possible des aides mécaniques à la manutention. L’achat d’une table élévatrice est décidé, ainsi que le réaménagement de la réserve avec pose de rayonnages plus bas. Le coin « coupe » sera réorganisé pour que le trancheur à jambons soit moins haut. Les fromages et les pâtés seront rehaussés dans la vitrine pour qu’ils puissent être plus facilement saisis, les fromages qui se vendent le plus seront à portée de main….

Une équipe qui avait besoin d’être épaulée

Un mois plus tard, en janvier 2009, je revois Julie, elle va bien, elle ne souffre plus, mais continue ses soins de kinésithérapie.
Elle me dit que les  « petits » aménagements ont été faits, la pose des nouveaux rayonnages est prévue pour la fin du mois et la table élévatrice a été commandée.
En début de mois, je vois en visite systématique les deux collègues de Julie, elles sont ravies de la nouvelle organisation, m’expliquent leur crainte d’être dans le même état que Julie, me disent que c’est moins pénible, mais me confient n’avoir jamais réfléchi à la manière de diminuer la pénibilité de leur travail.

Chronique de Marielle Dumortier, médecin du travail, auteure de Mon médecin du travail.

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Publié dans : Au magasin | Stress, santé | Témoignages

le 15/03/2009, par Elsa Fayner

1 commentaire

  • temps dit :

    Quinze kilo semble bien léger dans bien des métiers et pourtant un corps usé les trouve bien lourd quand l’age de la retraite ne fait que reculer.
    cordialement

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