Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Livre – « Des hommes à la peine », de Marie-José Hubaud O commentaire

Un très beau livre vient de paraître aux éditions La Découverte: “Des hommes à la peine. Carnet d’un médecin du travail”. Marie-José Hubaud était médecin du travail, elle vient de prendre sa retraite. Et elle a choisi de raconter des visites médicales. Des visites d’hommes, en bleu de travail, en costume cravate ou en casque de chantier, venus allonger leurs corps sur la table d’auscultation. Parfois gênés, tendus, faussement rigolards, ils sentent encore l’établi, l’usine, la cuisine. Marie-José Hubaud a appris à mettre à l’aise, à respecter les pudeurs, à faire parler les taiseux. Elle a appris à aimer ces corps, ce métier. Elle le dit, l’écrit avec finesse sous forme de récit poétique intérieur, un chapitre sur deux, en alternance avec le récit de situations vécues, de saynètes qui racontent les conditions de travail, la vie en entreprise, les craintes de perdre son emploi, ou la déception de voir son métier perdre du sens. Car ces corps en disent long: marques douloureuses, marques de fierté, symptômes à commenter. C’est une dimension du travail trop rarement mentionnée. Marie-José Hubaud prend sa plume pour s’y essayer avec brio. Bonne nouvelle: elle écrit dans son livre, au détour d’une phrase, envisager de renouveler l’expérience pour toutes les femmes passées par son cabinet.

Son blog est en construction, espérons que les chroniques des Femmes à la peine y seront publiées.

Extrait: « J’écris pour tous ces hommes qui ont passé leur visite médicale du travail avec moi, pour ce qu’ils emmenaient avec eux, leurs silences aussi. J’écris pour ceux qui ont fait un effort pour venir, ceux qui ont pensé que ça ne servait à rien, mais que c’était toujours ça de pris que le patron n’aurait pas, ceux qui sont venus pleins d’espoir parce que quelqu’un leur avait dit : “Va voir le médecin du travail, il va te reclasser”, ceux qui sont habités par la colère et qui demandent réparation, ceux qui sont tombés, ceux qui se sont brûlés, ceux qui ont laissé un doigt dans la machine, ceux qui se sont usés trop tôt, trop vite, ceux qui attendent la retraite en serrant les dents, ceux qui paient de leur personne, ceux qui n’ont que ça dans leur vie – le travail –, ceux qui sont venus volontiers parce qu’ils avaient le souvenir de ne pas avoir perdu leur temps la dernière fois, ceux qui sont venus parce que c’était la seule fois de l’année où ils voyaient un médecin, et on ne sait jamais…»

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Publié dans : Culture | Stress, santé

le 7/12/2008, par Elsa Fayner

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