Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Les Français attendent plus du travail que les autres Européens » 4 commentaires

Dominique Méda, sociologue au CEE.

Dominique Méda, sociologue au CEE.

Les Français entretiennent un rapport singulier au travail. Plus encore que les autres Européens, ils déclarent que le travail est très important dans leur vie,mais, plus que les autres, ils souhaitent que le travail prenne moins de place dans leur vie. Pourquoi les Français sont-ils si attachés à leur travail? Et voilà le travail a posé la question à la sociologue Dominique Méda qui, avec Lucie Davoine, a réalisé une étude sur le sujet, Place et sens du travail en Europe : une singularité française?.

Le travail est-il simplement un moyen de gagner sa vie pour les Français ?

Oui pour un tiers des Français. C’est également ce qu’estiment en moyenne les Européens. La rémunération ne suffit donc pas à expliquer notre fort attachement au travail. Pas plus que le sentiment d’appartenance à un groupe. Travailler permet en effet d’appartenir à un collectif de travail, une entreprise, une équipe, un groupe de collègues, un syndicat. Cela fait partie des motivations qui poussent les Français à se lever le matin pour aller travailler, mais comme les autres Européens encore une fois.

Qu’est-ce qui explique, alors, ce fort attachement des Français au travail?

Si les Français sont particulièrement attachés à leur emploi, c’est peut-être surtout parce qu’ils craignent plus que les autres de le perdre. Le taux de chômage reste en effet élevé en France, l’emploi précaire répandu, et l’inquiétude par rapport à l’avenir professionnel est plus grande qu’en moyenne en Europe. Du coup, les Français s’accrochent à leur emploi.
Mais, les Français présentent une autre particularité : ils attendent beaucoup du travail, plus que dans les autres pays européens. Ils veulent s’y accomplir, y exprimer leurs compétences, et pouvoir être fiers de leur métier. C’est pourquoi ils s’y investissent tant. Les Anglais ne sont pas du même avis, par exemple. Ils considèrent davantage le travail comme une « routine », moins comme une possibilité de s’épanouir.

L’investissement des Français dans le travail ne dépend-il pas aussi des professions?

Travailler permet aussi d’occuper une place dans la société, d’y jouez un rôle, en participant à la fabrication d’un produit, à la vente d’un service, au soin d’un patient, etc. C’est l’une des raisons invoquées par les Français pour expliquer leur attachement au travail, mais surtout dans certaines professions. Les enseignants, les travailleurs sociaux et les personnels soignants sont ainsi les plus nombreux à considérer leur métier comme utile, et comme une vocation, tandis que les ouvriers et les employés du privé le vivent plus comme une obligation subie. Cela a à voir avec les conditions de travail et d’emploi dont les Français sont particulièrement mécontents.

Propos recueillis par Elsa Fayner.

Lire également:

Be Sociable, Share!

Publié dans : Entreprises | Travail, souffrance ou d'émancipation?

le 25/08/2009, par Elsa Fayner

4 commentaires

  • […] pas uniquement un moyen d’assurer sa subsistance matérielle et financière. C’est aussi une affirmation de son appartenance à un collectif : corps de métier, mais aussi établissement de formation.  Ce corporatisme pourrait voir […]

  • Anonyme dit :

    Petite nouvelle décalée sur le monde du travail et la motivation en entreprise

    « L’oisiveté est, dit-on, la mère de tous les vices, mais l’excès de travail est le père de toutes les soumissions. »
    Albert Jacquard

    Ce matin, le comité de direction d’une des plus grosses sociétés françaises – dont nous tairons le nom, bien sûr – est en pleine effervescence. Les idées fusent tandis que des projets plus saugrenus les uns que les autres s’échafaudent en sous-groupes sous l’œil attentif du consultant recruté pour l’occasion. Sa mission : aider l’entreprise à lutter contre le manque de motivation du personnel. Parmi les différentes solutions proposées, l’une d’entre elles retient l’attention du PDG. Balayant toutes les autres suggestions, il déclare :
    — Va pour le Je-m’en-foutiste ! Qu’on m’en recrute un immédiatement !
    Les membres de la Direction des Ressources Humaines sont sur les dents. Ils doivent élaborer la fiche de poste dans les plus brefs délais et trouver la perle rare qui, grâce à son je-m’en-foutisme délibéré, sera capable de regonfler le moral des troupes. Carole Manceaux, l’heureuse élue, rejoint l’entreprise un beau matin de mai. Dès le premier jour elle décide de se rendre dans les ateliers de production où règne la plus grande démotivation.
    — Bonjour, je suis la nouvelle assistante du PDG et je visite l’entreprise. Vous faites quoi exactement ?
    — On produit, M’dame, on produit ! lui répond un chef d’équipe en haussant les épaules.
    — Et ça consiste en quoi ?
    S’en suit une longue explication truffée de détails et ponctuée de soupirs à l’issue de laquelle Carole déclare :
    — Quel boulot nul et insipide !
    Sidéré par la remarque de la nouvelle recrue, le chef d’équipe alerte ses homologues avec qui il tient conseil. Regonflés à bloc, ils s’écrient d’un commun ensemble :
    « On va leur faire voir, tiens, si notre boulot c’est de la merde ! »
    Tandis que tous les ateliers de production se remettent en marche, Carole poursuit son travail de sape auprès des différents services de l’entreprise. Partout où elle distille son venin, la cadence reprend de plus belle, chacun voulant prouver à cette « pimbêche » qu’elle se trompe. Au bout de trois semaines, la situation s’est prodigieusement améliorée dans l’entreprise qui fonctionne désormais à plein régime.
    Un soir, lors d’un dîner avec son petit ami, Carole perd le fil de la conversation.
    — Chérie, j’ai l’impression que tu ne m’écoutes pas…
    Alors qu’est-ce que tu en dis ?
    — Heu… Non, franchement c’est nul… et insipide…
    Estomaqué par la remarque de Carole, le jeune homme bondit de son siège.
    — Le mariage, c’est nul et insipide ? Très bien. Restons-en là. De toute façon, les carriéristes de ton espèce m’ont toujours gonflé. J’espérais, à tort, que tu serais différente.

  • dandin dit :

    Une belle fable que cette histoire de Carole la je-m’en-foutiste.

  • […] valeur travail en débat : Elsa sur son blog, Et voilà le travail, a interviewé la sociologue Dominique Méda sur la façon dont les Français perçoivent la valeur travail. A lire également son article […]

Poster un commentaire

Parité et conseils d’administration

Île-de-France : des inégalités de revenus centralisées

Ce site est hébergé par Art is code et propulsé par Wordpress.

Témoignez !

Votre travail vous interpelle, vous choque, vous l’avez vu évoluer et vous souhaitez le raconter, écrivez-moi, votre récit sera peut-être publié.