Répondre aux mails et appels pro la nuit ou en congés, c’est souvent la règle. Des boîtes ont compris l’intérêt de laisser leurs salariés souffler, quitte à les y obliger.
Pascal – c’est un pseudo – a eu une idée qui peut paraître toute simple. DRH dans une entreprise de 1 000 salariés du secteur paramédical, il a voulu interdire e-mails et SMS pendant les vacances, pour « imposer une vraie coupure » :
« Je voulais également former les personnels à un usage pertinent des ordinateurs, portables, tablettes. Pour leur permettre d’avoir un peu de recul sur leur job, et d’apporter une véritable valeur ajoutée à l’entreprise. C’était un moyen de les sortir du rôle de simples cadres urgentistes incapables de produire une réflexion à moyen et long terme parce qu’ils sont noyés sous une avalanche de mails et SMS. »
La réponse des directeurs fut claire et négative.
La proposition n’était pourtant pas saugrenue. Les salariés sont de plus en plus accros aux nouvelles technologies et estiment que, puisqu’ils peuvent être joints, ils doivent être joignables en permanence. Aux Etats Unis, seuls 2% des salariés débranchent leurs appareils électroniques durant les vacances, selon un sondage réalisé par Leslie A. Perlow, professeur de leadership à la Harvard Business School (sondage, non disponible en ligne, effectué auprès de 1 600 salariés).
Pour la chercheuse, une seule solution : que les entreprises encadrent, voire imposent la désintoxication.
L’auteure de « Dormir avec votre smartphone » a joint les actes à la parole. Elle a d’abord contacté le Boston Consulting Group, cabinet international de conseil en management et en stratégie d’entreprise :
« J’ai choisi cette entreprise parce que les consultants qui y travaillent me disaient qu’il n’y avait pas moyen de faire autrement pour eux que de rester connectés jour et nuit, que les clients payaient suffisamment cher pour ça, qu’eux-mêmes étaient fort bien rémunérés et qu’ils ne voyaient pas d’autre solution que de quitter l’entreprise si cela ne leur convenait pas. »
Dans une équipe de six personnes, il a été décidé que chaque membre serait injoignable électroniquement durant une soirée par semaine, à partir de 18 heures. Tout le monde n’a pas apprécié et certains n’ont pas voulu choisir leur soir, craignant de ne pas savoir comment occuper ce temps libre.
Un filet de sécurité avait pourtant été prévu : un collègue devait lire les e-mails de la personne déconnectée. En cas de demande vraiment pressante, un contact pouvait être établi.
L’expérience a tellement bien marché qu’en quatre ans, 86% des consultants du nord-est des Etats Unis travaillant pour cette entreprise s’y sont mis, se flatte aujourd’hui Leslie A. Perlow :
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