Hollande veut limiter les rémunérations dans les entreprises publiques. Certaines sociétés se sont mises à la modération salariale, avec plus ou moins de succès.
Ça a duré huit ans. Tous les salariés touchaient le même salaire, de l’homme de ménage au directeur de la rédaction. Autour du smic d’alors, se souvient Jean Guisnel, ancien journaliste à Libération, et auteur d’un livre sur l’histoire du quotidien
« Dès 1973, le salaire unique s’était imposé pour des raisons économiques – il n’était pas possible de payer plus – et pour des raisons idéologiques. Personne ne râlait, ça faisait partie de l’utopie de Libé
Il faut voir aussi que beaucoup de journalistes avaient des familles qui pouvaient les aider. Et qu’à l’époque, on pouvait facilement se faire dépanner par un copain pour payer son loyer, se faire héberger, passer les périodes de vaches maigres.
En 1981, la majorité de l’équipe donne les pleins pouvoirs à Serge July pour relancer le journal qui avait cessé sa parution durant plusieurs mois, raconte Jean Guisnel. Rapidement, le directeur de la rédaction organise un vote sur trois mesures
* l’introduction d’une hiérarchie entre les salaires ;
* de la publicité dans le quotidien ;
* d’actionnaires extérieurs.
Les propositions sont rejetées. Le patron met alors en place trois votes séparés, un par mesure. Et, cette fois, suscite l’adhésion.
Dès juin 1982, tout le personnel touche 5 500 francs net par mois, et les dirigeants de la rédaction 50% de plus. Un écart maximal de deux entre le salaire le plus élevé et le salaire le plus bas est autorisé. Pour Jean Guisnel
« C’était la fin de trois valeurs fondatrices de Libé. Par la suite, il a fallu recruter du personnel extérieur, et la grille des salaires s’est normalisée.
Quelques années plus tard, le conseil de surveillance découvre que les dirigeants usent et, du point de vue des journalistes, abusent des notes de frais, témoigne un ancien
Tandis que l’écart entre les salaires se creuse. Aujourd’hui, Nicolas Demorand, directeur du journal, gagne 10 000 euros net par mois, soit 9 smic.
Si l’utopie perdure, c’est dans un secteur qui s’est constitué en réaction à la course au profit. L’économie sociale rassemble les coopératives, mutuelles, associations, ONG, dont la visée n’est pas uniquement économique.
Dans le groupe Chèque Déjeuner, la DRH l’explique dès l’entretien d’embauche : il est possible que le candidat soit moins bien payé que chez son employeur précédent. Surtout les cadres de haut niveau – chefs de service, directeurs commerciaux, directeurs de filiale –, précise Florence Quentier :
Encore une utopie… Comment motiver au travail ? Avec des salaires justes qui motivent l’effort, l’initiative…
Quand le salaire fait du sur place, on a tendance à se désintéresser de son travail…