Le secteur du nettoyage s’est réellement développé depuis les années 80, avec la sous-traitance, la tertiarisation de l’emploi, sa féminisation et sa précarisation. Ses salariés, majoritairement des femmes non qualifiées, vivent avec le temps partiel, le multi-emploi, la pauvreté salariale et effectuent, souvent dans des conditions pénibles, un travail extrêmement dévalorisé. Perçu, en effet, comme indigne et honteux, le nettoyage s’inscrit dans une relation de service périlleuse, dont l’équité est difficile à maintenir. Isolés, interchangeables, invisibles ou transparents, « apatrides » ces « nouveaux » salariés figurent ainsi une partie de l’évolution de la condition salariale, de plus en plus floue, dont les contours semblent se dissoudre dans la nécessité, la sous-traitance et le multi-emploi.
Petite anecdote pour illustrer cet article:
Je suis médecin du travail d’un ancien grand site industriel qui ferme. Pour mes dernières vacations je ne fais plus de visites périodiques, je passe dans les ateliers où les chaines de montage tournent au ralenti. Dans un couloir je croise une femme de ménage, elle porte la blouse d’une entreprise extérieure de ménage. Et oui, elle aussi, elle va perdre son emploi, elle est la depuis 25 ans. Je lui demande si elle a connu plusieurs entreprises de ménage sur ce site? Oui, me dit elle; et elle ajoute: c’est pas compliqué j’ai gardé une blouse de chacune des entreprises de ménage qui m’a fait travailler ici et bien mon armoire de blouse, Docteur, c’est un véritable arc-en-ciel!