Cycle « Un monde de machines » au Forum des images, à Paris, du 2 mars au 22 mai 2011
Le cinéma, issu lui-même de multiples machineries, ne cesse d’interroger notre part humaine dans un monde de mécaniques qui roulent. Mais le plaisir du spectateur est aussi dans le grain de sable qui enraye les rouages, dans ce jeu où l’on aime se faire peur en imaginant la fin du monde par les machines. Un cycle parrainé par le “trublion multicasquettes” Ariel Kyrou.
Dans ce cycle, plusieurs thématiques. L’une porte sur le monde du travail: Tous en chaîne.
Qu’elle est radieuse la paysanne de La Ligne générale devant les machines agricoles, synonymes de progrès et de libération des hommes. Mais à en croire la jeune ouvrière de La Salamandre qui “a mal à la nuque rien qu’en parlant des saucissons qu’elle fabrique à la chaîne”, toutes les usines ne sont pas aussi douces que celle de Willy Wonka (Charlie et la chocolaterie). Le travail découpé, rationalisé, cloisonné, est-il vraiment aussi rentable que l’on croit ? Ou est-ce le fantasme candide d’une vision mécaniste de l’homme en particulier, de l’univers en général ? Le débat est ouvert, quand, à force d’être segmenté, normalisé, le corps en révolte, explose dans une folie joyeuse et chaotique (Les Temps modernes).
d’Alain Tanner, précédé de La Charcuterie mécanique de Louis Lumière,samedi 5 mars à 16h30, vendredi 25 mars à 16h30
avec Bulle Ogier, Jean-Luc Bideau, Jacques Denis
Suisse / fict. 1971 Couleur 120 min ( 35mm optique )
Un journaliste et un écrivain enquêtent sur Rosemonde, soupçonnée d’avoir tiré sur son oncle. Mais, douce et féroce à la fois, elle est impossible à cerner. En témoigne sa danse sauvage et muette (sublime Bulle Ogier), la tête secouée dans tous les sens, comme pour effacer les mouvements rigides et cadencés de la chaîne de saucissons où elle travaille.
de Charles Chaplin, précédé de Mosaik Mechanic de Norbert Pfaffenbichler, samedi 5 mars à 19h, jeudi 17 mars à 19h
avec Charles Chaplin, Paulette Godard
É.-U. / fict. muet 1936 Noir et blanc 87 min ( 35mm optique )
Charlot travaille à la chaîne dans une usine où il est nourri par une machine pour “optimiser la pause-déjeuner”… Ça marche ou se dérègle complètement pour notre plus grand bonheur ! En proie à des secousses saccadées et incontrôlables, le corps du vagabond n’est réductible à rien, échappe à tous les rouages, même à ceux de la lutte organisée.
d’Alain Guiraudie, précédé de trois court métrages, dimanche 6 mars à 21h, dimanche 20 mars à 14h30
Dans une usine sur le point de fermer, lors du démontage de la dernière machine, une drôle de cartographie du désir se dessine. “Errant d’un hangar-cathédrale à un autre, chargés de tuyaux bizarroïdes qui leur donnent l’air de diplodocus dépressifs, ces hommes-là ont d’abord soif d’être reconnus comme humains.” Marine Landrot
de Serguei M. Eisenstein, précédé de La Marche des machines d’Eugène Deslaw, mercredi 9 mars à 21h
avec Marfa Lapkina, Vasili Bouzenkov
U.R.S.S. / fict. muet 1929 Noir et blanc 121 min ( 35mm optique )
Des paysans ignorants découvrent des machines agricoles qui pourraient signer la fin de la misère et de l’asservissement de l’homme. Entrepris pour célébrer l’application de la politique agricole du parti communiste, ce film est aussi un chef-d’oeuvre gravé dans les mémoires par la fameuse scène de l’écrémeuse qui jaillit comme un volcan salutaire.
de Michel Brault et Annie Tresgot, jeudi 10 mars à 19h.
Précédé du montage de publicités Une mécanique qui roule et suivi d’un débat avec les chercheurs du groupe Nigwal
France – Canada / doc. 1968 Couleur 44 min ( Vidéo )
Commandité par Citroën, un documentaire sur une usine récemment installée en Bretagne. Michel Brault est l’un des pères fondateurs du cinéma direct. “Tout ce que nous avons fait en France dans le domaine du cinéma vérité vient de l’Office National du Film du Canada. C’est Brault qui a apporté une technique nouvelle de tournage que nous copions tous depuis.” Jean Rouch
Précédé du montage de publicités Une mécanique qui roule (France – É-.U.– Belgique – G.-B. / vo sans sous-titres et vf 1948-2003 coul. et n&b 15min / vidéo). Montage de publicités sur les chaînes de fabrication de voitures, qui célèbrent tantôt l’ouvrier bâtisseur de l’avenir, tantôt un climat d’une élégance lisse et hygiéniste, totalement déshumanisée. En partenariat avec La Maison de la Pub (113, rue des Moines, 75017 Paris) www.lamaisondelapub.com
de Louis Malle, jeudi 10 mars à 21h15. Séance suivie d’un débat avec Nigwal, groupe de chercheurs
France / doc. 1974 Couleur 75 min ( 16mm optique )
“Cinq ans après Les Enfants de Néant, Louis Malle obtient l’autorisation de poser sa caméra dans la même usine et réalise ce film montrant des ouvrières et ouvriers aux prises avec l’organisation du travail. Ainsi [...] deux grands auteurs de documentaires offrent à voir des visions fort différentes d’une réalité sociale similaire.” Le groupe Nigwal
par Gwenanële Rot, vendredi 11 mars à 18h30 (entrée libre)
Projection du court métrage avant son analyse
Gwenaële Rot est maître de conférences en sociologie à l’université de Paris Ouest. Ses recherches portent sur les représentations du travail au cinéma ainsi que sur l’étude des transformations du travail dans différents mondes de production : automobile, pétrochimie, nucléaire et cinéma.
Alain Resnais a réalisé ce court métrage sur les matières plastiques, suite à une commande de l’entreprise Pechiney. Gwenaële Rot en retrace l’histoire à travers les controverses qu’il a suscitées à l’occasion de sa fabrication et de sa diffusion, et explicite l’originalité des partis pris cinématographiques du cinéaste.
de Mel Stuart, samedi 12 mars à 19h, dimanche 20 mars à 16h30, jeudi 31 mars à 16h30
avec Gene Wilder, Jack Albertson
É.-U. / fict. vf 1971 Couleur 100 min ( 35mm optique )
Un petit garçon pauvre gagne une visite guidée dans une étrange et merveilleuse usine à fabriquer du chocolat, jusqu’alors cachée aux regards. Première adaptation du roman éponyme du célèbre auteur pour enfants Roald Dahl, où Gene Wilder campe un chocolatier insolite.
de Peter Lord et Nick Park, dimanche 13 mars à 16h30, jeudi 17 mars à 14h30
G.-B.–France–É.-U. / anim. vf 2000 Couleur 84 min ( 35mm optique )
Dans un élevage où les volailles, soumises à des impératifs de productivité, sont menées à la baguette, la poule Ginger insuffle un vent de révolte. Ce merveilleux film d’animation est une fable libertaire, drôle et inventive, qui nous renvoie aussi à notre image de “chair à pâté” dans la machine à broyer de la rentabilité.
d’Elio Petri, dimanche 13 mars à 21h, mercredi 16 mars à 21h
avec Gian Maria Volonté, Mariangela Melato
Italie / fict. vostf 1971 Couleur 125 min ( Vidéo )
Un ouvrier modèle, fier d’être cité en exemple par son patron, remet en question l’univers de l’usine et les conditions de travail, le jour où il se coupe accidentellement un doigt. Cette comédie sociale corrosive et trépidante a obtenu la Palme d’Or à Cannes en 1972.
d’Éric Pittard, mercredi 16 mars à 16h30, mercredi 30 mars à 19h
En posant sa caméra dans la fonderie Bouhyer dans la région d’Ancenis, le cinéaste filme “un ballet métallurgique, dont les danseurs porteraient des tenues qui rappellent un peu celles des cosmonautes. [...] il transforme les gestes répétitifs des ouvriers en mouvements de danse, le bruit assourdissant des ponceuses et des scies à métaux donne le rythme.” Colette Mainguy
de Rabah Ameur-Zaimeche, précédé de Plastic and Glass de Tessa Joosse, jeudi 17 mars à 16h30, jeudi 31 mars à 14h30
Le patron d’une entreprise de palettes industrielles construit une mosquée pour ses ouvriers, la plupart musulmans. Par compassion, pour adoucir leur quotidien ou par cynisme pour les rentabiliser davantage ? Ou tout à la fois ? Le cinéaste, jouant lui-même le patron, mène d’une main de maître ce film d’une âpre beauté qui garde le débat vif et ouvert.
d’Andrzej Wajda, jeudi 17 mars à 21h, jeudi 24 mars à 21h
En préparant un film sur Birkut, un ouvrier modèle polonais des années 50, une cinéaste découvre que ce dernier a été en réalité “anéanti par une logique intérieure profonde du système politique [...]. Dans L’Homme de marbre, le stalinisme devient une époque claire et lugubre, sûre et dangereuse”. Barthélémy Amengual
de Nikolaus Geyrhalter, précédé de 3 ours & 1 frigo vide de Nicolas Bianco-Levrin et Le Ventre d’un magasin, réalisation anonyme, vendredi 18 mars à 14h30, jeudi 24 mars à 19h
Un documentaire fascinant sur l’industrie agroalimentaire. “Sans que jamais s’éteigne l’émerveillement que suscite l’ingéniosité de l’agriculture moderne (on dirait qu’une machine a été inventée pour chaque opération, la cueillette du poivron ou la collecte du sperme de taureau), on prend conscience des sacrifices qu’implique la production de masse.” Thomas Sotinel
Le Ventre d’un magasin: Vertigineux documentaire sur les cantines de la Samaritaine où sont servis chaque jour plus de 6 000 couverts. Les images montrent les quantités astronomiques de nourriture et l’organisation des cuisines.
de René Clair, dimanche 20 mars à 19h, vendredi 25 mars à 14h30
Deux anciens codétenus, se retrouvent dans une usine : l’un en est le patron, l’autre y débute comme ouvrier et sème un joyeux chaos. La compagnie germano-française qui a produit ce classique devenu culte a accusé Chaplin de plagiat à la sortie des Temps modernes. Au grand dam de René Clair, opposé à cette polémique en grand admirateur de Chaplin.
de Pierre Creton, mercredi 23 mars à 16h30
Le cinéaste, également ouvrier agricole, filme son quotidien de contrôleur laitier dans le pays de Caux. “Tout fout le camp, le monde est sorti de ses gonds mais dans ce secteur étroit et bien délimité entre deux bleds haut-normands, des créatures étrangement épargnées par la déshumanisation et le cynisme perdurent [...] Un chef-d’oeuvre.” Didier Péron
de Serguei M. Eisenstein, précédé de La Marche des machines d’Eugène Deslaw, jeudi 31 mars à 21h
Des paysans ignorants découvrent des machines agricoles qui pourraient signer la fin de la misère et de l’asservissement de l’homme. Entrepris pour célébrer l’application de la politique agricole du parti communiste, ce film est aussi un chef-d’oeuvre gravé dans les mémoires par la fameuse scène de l’écrémeuse qui jaillit comme un volcan salutaire.
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