Dans le cadre de la réforme des retraites, discutée en ce moment au Parlement, la prise en compte de la pénibilité des tâches constitue l’un des sujets les plus controversés. Non sur le principe, car l’accord est large pour considérer que les salariés ayant subi des conditions de travail pénibles doivent pouvoir partir en retraite plus tôt. Mais il reste à en définir les modalités. Les critères retenus dans le projet gouvernemental, même après les assouplissements annoncés par le président de la République le 9 septembre 2010, sont très restrictifs et laisseraient de côté de nombreux salariés concernés
Pourquoi compenser la pénibilité
La réforme des retraites a remis au centre des débats le dossier sensible de la pénibilité du travail. L’enjeu est de taille : alors que le gouvernement veut allonger les carrières en repoussant l’âge minimal du départ à la retraite, il s’agit de définir les conditions qui permettraient aux travailleurs usés de partir plus tôt que les autres. Et cela afin de compenser le risque d’une vie plus courte auquel sont confrontés les salariés ayant subi des conditions de travail éprouvantes. Les inégalités sociales en matière de santé sont en effet flagrantes : à 35 ans, les hommes cadres supérieurs peuvent espérer vivre encore en moyenne pendant 47 ans, dont 34 indemnes de toute incapacité majeure. Les hommes ouvriers, eux, n’ont pas cette chance : à 35 ans, leur espérance de vie est inférieure de six ans à celle des cadres, et leur espérance de vie sans incapacité est plus courte de dix ans que celle des cols blancs. Bien que l’usure professionnelle ne soit pas seule en cause, elle joue un rôle non négligeable dans cette « double peine ». De quoi légitimer un départ en retraite anticipé pour cause de pénibilité.
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