Chronique de Marielle Dumortier, médecin du travail, auteure de Mon médecin du travail.
Dorsaf travaille comme caissière employée libre service dans un petit supermarché.
En décembre, Dorsaf s’est faite opérer d’un hallux valgus bilatéral (opération des pieds, de ce qu’on appelle communément « oignons »).
Quand je la vois en début du mois de mars en visite de reprise du travail, les cicatrices restent sensibles. Elle veut reprendre le travail car elle a des soucis d’argent.
Je la laisse reprendre en demandant un aménagement de poste: je demande que Dorsaf reste uniquement à un poste de caissière pendant trois mois, sans aller travailler en rayon, car le porte de chaussures de sécurité y est obligatoire et la coquille de la chaussure irrite les cicatrices.
Je connais bien ce supermarché, je prends le soin de prévenir le responsable des restrictions d’aptitude, celui-ci me dit que, si c’est pour trois mois, il n’y aura pas de problèmes, il la laissera en caisse.
Une semaine plus tard, Dorsaf me téléphone en pleurs, elle a très mal aux pieds, les restrictions d’aptitude n’ont pas été respectées, elle me dit qu’elle a le sentiment d’être plus souvent en rayon qu’en caisse.
Je propose à Dorsaf de la revoir, et lui explique que je vais la mettre en inaptitude temporaire, et que son médecin lui donnera un arrêt de travail.
« C’est pas la peine sanglote-elle, j’ai démissionné », et quand je m’inquiète que son responsable n’ait pas tenu ses engagements, « Il a été muté, le jour de mon retour répond-elle, le nouveau il en a rien à faire de nous, il nous traite comme des chiens, on est ses esclaves »
Poster un commentaire