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Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

Procès AZF: les Martiens ou Total? O commentaire

Émission spéciale sur France 3 Sud

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Lundi 23 février s’ouvre le procès de l’explosion de l’usine AZF, au tribunal de Toulouse. La catastrophe du 21 septembre 2001 a fait 30 morts, des milliers de blessés et soufflé ou endommagé près de 30 000 logements à des kilomètres à la ronde.

Attentat ou accident?

La plupart des victimes ont été indemnisées. Mais les causes du drame restent à déterminer. Accident? Crime? Attentat? Le tribunal va examiner durant quatre mois toutes les hypothèses, en s’appuyant sur différents rapports d’experts.

Le procès, dont le dossier d’instruction comporte 109 tomes et un total de 53 820 pages, sera filmé, une première en correctionnelle, et se déroulera dans une salle municipale pouvant accueillir un millier de personnes. Il devrait coûter 3,8 millions d’euros.

La responsabilité de Grande Paroisse et de son directeur

Les cinq magistrats devront se prononcer sur la responsabilité de Serge Biechlin, directeur d’AZote Fertilisant (AZF) à l’époque des faits, et de la S.A. Grande Paroisse, propriétaire de l’usine et filiale du groupe Total. Les deux prévenus répondront des chefs d’homicides involontaires, blessures involontaires, destructions et dégradations involontaires par l’effet d’une explosion ou d’un incendie, et infractions au code du travail.

Douze autres personnes, employées d’AZF, avaient été mises en examen pour les mêmes raisons, mais elles ont bénéficié d’un non-lieu.

Selon le rapport final d’expertise, l’explosion a été déclenchée par un mélange de DCCNa (dichloroisocyanurate de sodium) avec du nitrate d’ammonium déversés sur le stock de nitrate d’ammonium, un quart d’heure avant l’explosion. Le rapport dénonce des « négligences et manquements en série » et une « méconnaissance de la réelle dangerosité des nitrates » au sein de l’usine (source AFP).

Le rôle des sous-traitants

Dans l’usine d’engrais chimiques, les deux produits n’auraient jamais dû se croiser. Les nitrates étaient traités dans le secteur nord, et les produits chlorés dans le secteur sud. Pourquoi sont-ils entrés en contact, dans le secteur des déchets? Les employés des entreprises sous-traitantes qui géraient les déchets des deux produits étaient-ils suffisamment informés des risques?

Au-delà, donc, si cette hypothèse est retenue, c’est le procès d’une organisation du travail accidentogène qui pourrait se dérouler à Toulouse. Car le recours à la sous-traitance, et à l’intérim, dans un secteur -les déchets- qui n’est pas considéré comme appartenant au coeur du métier alors même qu’il présente de grands risques pour la sécurité, suscite des questions. Quelle formation, quelle information ces employés recevaient-ils? Quelle connaissance avaient-ils des dangers réels des produits qu’ils manipulaient? Les salariés d’AZF eux-mêmes avaient-ils conservé la mémoire de ce risque?

Autrement dit, quels ont été les moyens mis en place pour veiller à la sécurité des lieux et de ses environs? À quel point était-ce une priorité? Et qui a décidé de l’attribution de ces moyens?

L’ombre de Total

Total conteste les conclusions de l’instruction, de même que les anciens salariés d’AZF, qui estiment que les autres pistes, dont la piste terroriste, n’ont pas été suffisamment exploitées.

À ce sujet, plusieurs thèses sont défendues, parmi lesquelles l’attaque depuis un engin volant, ou le tir de roquette.

D’autres associations de victimes accusent Total d’avoir commis des « fautes graves » ou d’avoir même tenté de dissimuler des éléments à l’enquête. L’une d’elles a cité à comparaître Total et son PDG, Thierry Desmarest, souhaitant les voir condamnés, ce qui constituerait, selon elle, un signal fort à l’égard des groupes industriels peu scrupuleux sur les questions de sécurité. Le tribunal se prononcera sur cette citation directe à comparaître dès cette semaine.

Thierry Desmarest sera par ailleurs entendu dans le cadre du procès, sans doute en juin.

Pour aller plus loin:

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Publié dans : À l'usine | Actualité | Contrats de travail | Entreprises | Intérim | Organisations du travail | Stress, santé | Total

le 22/02/2009, par Elsa Fayner

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