Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Nous sommes prêts à faire des concessions, mais nous voulons décider quand » O commentaire

Entretien avec David Eloy, président du syndicat ASSO. Propos recueillis par Elsa Fayner, parus sur Le miroir social.

Quel constat vous a amené à créer ce syndicat dans le secteur associatif ?
Beaucoup d’entre nous quittent le milieu pour cesser d’être toujours en déplacement lointain, pour s’installer, avoir des enfants. Alors même que nous aimons notre métier. C’est le symptôme d’un secteur qui ne va pas bien. Nous avons donc eu envie de créer, avec un groupe d’amis qui travaillent dans la solidarité internationale, une structure non pas autour du statut associatif loi 1901, mais autour de ce rapport ambiguë à l’engagement, qui caractérise finalement les travailleurs du secteur associatif. L’employeur oublie que le salarié est un salarié, le salarie l’oublie parfois lui-même et s’assoit sur le droit du travail : heures sup non payées, conditions de travail parfois pénibles, contrats courts à répétition, et salaires peu élevés. Dans ce secteur, tant que la structure fonctionne, personne ne se pose de question. On raisonne par rapport à des objectifs, rarement par rapport aux conditions dans lesquelles le travail s’exerce. Or, cela pourrait être un choix.

Comment avez-vous débuté votre action ?
À l’automne 2009, nous avons organisé une première réunion, avec une trentaine de participants, d’horizons plus variés : social, préservation de l’environnement, culture. Le milieu associatif regroupe 1,8 millions de salariés, en déficit de syndicalisation. Certes dans la culture ou la santé-social, des syndicats existent, mais plus de la moitié des salariés associatifs ne sont pas couverts pas des conventions collectives –dans l’humanitaire ou dans les associations environnementales par exemple-, ou se trouvent isolés dans de très petites structures, sans représentants, seuls face à leur employeur. En février 2010, ASSO est donc né pour tenter de combler ce déficit. Nous nous sommes rattachés à Solidaires, qui correspondait à notre approche, et, en mars, nous avons organisé notre première réunion publique. Une centaine de participants étaient là. La moitié n’était pas syndiquée, ne voyant pas où le faire. Le but était de faire prendre conscience qu’en avançant collectivement nous pourrions défendre nos droits et construire un dialogue social avec les employeurs. Car nous ne sommes pas dans une optique revancharde. Nous voulons tous continuer à faire notre travail et nous sommes prêts à faire des concessions. Nous savons pourquoi nous avons choisi ces métiers. Mais nous voulons décider quand nous faisons ces concessions, et l’engagement ne peut pas nous faire tout avaler. Même si les associations sont fragilisées en ce moment, avec la diminution des dons et des subventions, mais nous pensons justement que nous pouvons mener des combats communs avec les employeurs pour défendre le secteur. En défendant les emplois aidés par exemple, comme nous l’avons fait. Ca été l’un de nos premiers combats.

Quels sont vos objectifs maintenant ?
Notre premier objectif, c’est de nous faire connaître, dans toutes les régions. Nous avons également mené des formations au droit du travail, avec d’autres syndicats, comme la Confédération paysanne. Il y a une vraie demande chez les associatifs, pour savoir à quoi sert un délégué du personnel, à quoi il s’engage, comment les heures supplémentaires peuvent être récupérées, s’il faut demander une autorisation pour faire grève, etc. Notre deuxième axe de travail, c’est la défense des salariés, des volontaires et des stagiaires. Nous avons reçu plusieurs sollicitations et, pour répondre, nous nous sommes appuyés sur Solidaires ou sur les juristes qui nous aident. Cela dit, quand ce sont des salariés des secteurs syndiqués par Sud Santé Social, Sud Culture, ou la Confédération paysanne qui nous appellent, nous les renvoyons vers eux, qui connaissent mieux que nous les réponses. De même, Solidaires nous renvoie les salariés de l’humanitaire, ou des petites associations.
Pour l’instant, nous comptons une centaine de syndiqués. Des élections ont lieu en ce moment, nous aurons sans doute bientôt un premier délégué du personnel ASSO. Et des sections se montent dans de grosses structures.

Propos recueillis par Elsa Fayner

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Publié dans : Actualité

le 16/08/2011, par Elsa Fayner

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