Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« J’ai une planche en staff room, et l’obligation du clean desk » 2 commentaires

Illustration Claire Laffargue

Illustration Claire Laffargue

Michel (1), 35 ans, vient d’être embauché comme senior manager dans un grand cabinet de conseil. Il découvre l’entreprise virtuelle.

La plupart du temps, je suis chez les clients, mais quand je passe au bureau, je dois le planifier à l’avance. Sur l’intranet, je dois réserver le plus tôt possible un créneau horaire pour une planche en staff room, c’est-à-dire un bureau en open space, ou un isoloir si je veux être au calme (ce que je n’obtiens que rarement, car ils sont monopolisés par les associés et les réunions). Personne n’a de bureau attitré.
En arrivant le matin, je m’identifie à la borne qui m’indique ma place : ‘’Aujourd’hui, vous êtes au 2e étage, gauche’’. Je prends l’ascenseur. C’est là que l’on reconnaît les nouveaux : ils disent encore bonjour. On en perd vite l’habitude quand on se retrouve le seul à le faire.

Des équipes éclatées

J’arrive au 2e étage. Contrairement aux entreprises par lesquelles je suis passé, il n’est pas question que les équipes se regroupent pour échanger. Tout le monde est dispersé en fonction du placement par le système. On échange donc par mail ou par téléphone. En quatre mois, je n’ai toujours pas vu certains membres de mon service. Impossible aussi de faire la tournée des collègues, pour savoir quels sont les problèmes du moment, pour sentir l’ambiance. D’ailleurs, le jour où j’ai suggéré de mettre en place un kiosque documentaire pour développer le partage de connaissances autour de notre offre et le sentiment d’appartenance dans l’équipe des petits jeunes, il m’a été conseillé de créer plutôt un espace partagé sur l’intranet.

Un salarié invisible

Le soir, en partant, nous avons l’obligation du clean desk, même si la borne nous a alloué l’espace pour une période de plusieurs jours : rien ne reste sur le bureau, quelqu’un d’autre peut s’y installer en notre absence. De toute façon, la politique est au zéro papier, nous n’avons ni bibliothèque, ni archives documentaires : on imprime le matin, et on jette le soir.
En fait, tout est fait pour que le salarié, entre deux missions, reste chez lui. Ce qu’il fait, se réservant un espace au travail à la maison. La surface des locaux de l’entreprise peut ainsi être encore réduite, et des économies réalisées.
Il faut dire que nous travaillons essentiellement sur de grosses missions. On peut passer deux ou trois ans chez le même client, et on y installe un vrai bureau, avec des rangements et des dossiers. Là, c’est convivial. Un sentiment d’appartenance se développe au sein de l’équipe, qui n’existe pas dans l’entreprise. Le jour où la mission se termine, on se sent déraciné, dans l’attente de la prochaine affectation.

Une gestion de carrière hypothétique

Car la hiérarchie a la hantise du consultant non-occupé. Dès qu’une mission est finie, il faut en prendre une autre. Nous sommes donc parfois staffés en dépit du bon sens, sur des sujets que nous connaissons souvent mal ou qui ne nous intéressent pas. C’est souvent une question de chance, plus qu’une logique de développement de compétences. La gestion de carrière se limite au fait d’avoir un bon taux de « chargeable » [nombre de jours passés sur une mission par rapport au nombre de jours travaillés par le consultant, ndlr] et des bonnes évaluations sur la mission pour grimper les échelons (junior, consultant, manager, senior manager, et – but ultime- associé).
Beaucoup de mes collègues sont là depuis longtemps, ils connaissent ces dysfonctionnements, et ne sont pas satisfaits, mais ils restent, par habitude ou, pour les plus expérimentés, dans un souci de transformer l’essai en passant enfin associé. De mon côté, je cherche activement ailleurs pour pouvoir partir le plus rapidement possible.

Propos recueillis par Elsa Fayner

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(1) Le prénom a été modifié, à la demande de l’intéressée.

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Publié dans : Au bureau | Néo-management | Témoignages

le 18/09/2011, par Elsa Fayner

2 commentaires

  • L'intello du dessous dit :

    « C’est là que l’on reconnaît les nouveaux : ils disent encore bonjour. On en perd vite l’habitude quand on se retrouve le seul à le faire. »

    Je me suis retrouvée par hasard dans une discussion de machine à café chez un client en n’ayant pas été identifiée comme faisant partie de cette boîte de conseil (si ce n’est pas celle dont on parle ici, c’en est une autre du même type). Une salariée parlait du débarquement des consultants dans l’entreprise à l’occasion d’un grand projet informatique. « C’est fou, ces gens-là, il faut d’abord leur apprendre à dire bonjour, tu vois, des comportement sociaux normaux. Sinon, ils déboulent dans le bureau pour demander l’information qu’ils veulent, et on dirait qu’ils ne voient pas les autres ».

  • Bonjour!
    Dire bonjour, ça sert à quoi en 2011? C’est dire : je suis un humain, tu es un humain ; je suis la, tu es la et nous allons faire quelque chose ensemble aujourd’hui.

    Beaucoup de chefs d’entreprise ne disent pas bonjour à leurs salarié…

    Quand il rentrent dans mon cabinet de médecin du travail, certains salariés passe devant moi sans un mot et vont s’allonger directement sur le lit d’examen… Je leur dit alors bonjour je leur demande de venir s’asseoir en face de moi pour que l’on parle de leur travail… certain salariés sont très surpris de ce comportement….

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