Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Il a même fallu supprimer les jus d’orange pour les patients » O commentaire

Illustration Claire Laffargue

Illustration Claire Laffargue

Claire (1), 54 ans, est infirmière dans le même hôpital depuis 34 ans, dans le Sud. Récemment, une restructuration a révélé de nombreux dysfonctionnements. Claire n’en peut plus, et raconte (Episode 2/3).

La restructuration a permis à la Direction de regrouper plusieurs services dans de grandes unités. La ‘’mutualisation des moyens’’ tant vantée se traduit en réalité par des suppressions de postes inquiétantes.

Danger pour les patients

Pourtant, l’hôpital a été agrandi. Aux urgences, la surface du service a été multipliée par trois. Elle atteint 4 000 m2. Deux postes d’aide-soignants ont malgré tout été supprimés. Certaines zones de surveillance ne sont plus surveillées : il n’y a pas de personnel dédié et les soignants sont trop éloignés de ces zones pour s’en occuper. Le nouveau service vient d’ouvrir, et il y a déjà eu de nombreux problèmes.
C’est bien simple : le personnel est désormais toujours à minima et pas assez nombreux. Le moindre problème nous place dans des situations qui devraient être exceptionnelles. Ainsi, les agents qui sont en poste extra-hospitalier (SMUR, et hélico) sont comptés comme du personnel de renfort, alors même qu’ils sont le plus souvent en mission, donc en dehors du service. Ce n’est pas tenable.
De la même manière, si une troisième sortie hors de l’hôpital est nécessaire, c’est un infirmier du pool urgence qui doit y aller, et laisser tout son secteur de soins. Sans infirmier, donc sans surveillance, ni continuité des soins. Et cela peut durer plusieurs heures.

Danger pour le personnel
C’est dangereux pour les patients. Mais ça nous fait peur également. L’affaire Trousseau a montré qu’une faute de surveillance pouvait nous mener directement au tribunal, avec notre hiérarchie. Jusque-là, la responsabilité incombait à l’administration, et les cas étaient rares. Mais, au vu des nouvelles organisations, nous sommes en danger permanent et nos patients aussi.

Pourtant, cette responsabilité ne nous incombe pas puisque c’est l’administration qui nous oblige à travailler dans ces conditions. L’hôpital est maintenant géré comme une entreprise de production. On nous parle de ‘’restrictions budgétaires’’, de ‘’rentabilité’’, de ‘’clients’’, d’‘’optimisation des ressources’’ humaines et matérielles. Dernièrement, il a même fallu supprimer les jus d’orange pour les patients, réduire les quantités sur les plateaux repas, rogner sur le pain, le lait, la confiture… Alors même que certaines dépenses s’avèrent inutiles : des équipements restent inutilisés, certaines formations ne sont pas appropriées…

Soigner de plus en plus vite
Sans cesse, on nous répète que le déficit de l’hôpital augmente, que l’hôpital est en danger, sous-entendant que nous sommes responsables. Le facteur humain, le rôle de soutien et d’aide d’une infirmière auprès d’un patient en souffrance n’étant pas mesurable, on n’en tient pas compte. Il faut produire du soin qui rapporte avec le minimum de personnel.
Il faut soigner vite, de plus en plus vite. Nous ne pourrons bientôt plus apporter d’attention et de temps soignant à ceux qui en ont le plus besoin, et qui sont souvent les plus démunis. Quant aux autres patients, ils n’auront droit qu’au temps réservé à leur pathologie. Nous ne pourrons plus tenir compte de leur personnalité, ni de leur souffrance physique et morale.

Propos recueillis par Elsa Fayner

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(1) Le prénom a été modifié, à la demande de l’intéressée.


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Publié dans : À l'hôpital | Témoignages

le 2/02/2009, par Elsa Fayner

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