Et voilà le travail

Chroniques de l'humain en entreprise Le blog de Rozenn Le Saint, créé par Elsa Fayner.

« Désormais, l’employée à domicile doit se mettre ‘’au service’’ du ‘’client’’, et non plus ’’aider’’ la personne » O commentaire

Du 19 au 21 novembre 2009 se tient le Salon des services à la personne. Le secteur est présenté comme l’un des viviers d’emplois qui pourraient nous sortir de la crise. Il se serait professionnalisé pour devenir digne de recruter en masse. Qu’en est-il vraiment? Entretien avec Ghislaine Doniol-Shaw, ergonome, qui a mené une étude sur les parcours professionnels des femmes dans ce secteur.


Et voilà le travail – Où en est-on dans la professionnalisation du secteur des services à la personne?

Ghislaine Doniol-Shaw – Au début des années 2000, pour répondre au vieillissement de la population et à la demande des Conseils généraux qui géraient la toute nouvelle APA , les organismes prestataires ont fait monter en puissance la qualification des employées. Un nouveau référentiel métier et un diplôme ont même été créés.
Pourtant, la volonté politique a rapidement changé de cap. Le plan ‘’Borloo’’, de développement des services à la personne, a promu l’emploi privé et la concurrence entre prestataires.

C’est-à-dire ?
Désormais, l’employée doit se mettre ‘’au service’’ du ‘’client’’, et non plus ’’aider’’ la personne. Ce doit même être sa principale qualité. Elle doit être disponible en permanence, mais également pouvoir intervenir en un temps réduit, et en horaires fragmentés. Des injonctions pourtant contradictoires : quand chaque tâche est chronométrée, et le temps imparti insuffisant, les employées ne peuvent accompagner la personne dépendante sans la brusquer. Elles ne peuvent faire valoir leur expérience, leur souci de bien faire. Elles se retrouvent contraintes de travailler dans le stress, l’urgence et le malaise éthique.

Quelles sont les autres conséquences de ce pas en arrière ?
Si la démarche de reconnaissance des qualifications n’est plus de mise, l’opportunité de les rémunérer non plus. D’autant moins que le travail se fait majoritairement à temps partiel. Pire : pour éviter des atteintes trop importantes à leur santé, qui les empêcheraient de continuer à travailler, les salariées expérimentées n’ont trouvé qu’une solution, réduire leur activité. Et, un peu plus encore, leur salaire. L’une des conséquence, c’est que le turn-over reste important dans le secteur.

Quels conseils donneriez-vous malgré tout aux femmes qui veulent se lancer dans le secteur ou qui y exercent déjà ?
La priorité est de suivre une formation longue d’obtenir un vrai diplôme. Et, là, le choix se restreint. L’idéal : s’inscrire pour passer le DEAVS (diplôme d’état d’auxiliaire de vie sociale), le diplôme qui permet d’être réellement formée pour faire face aux situations souvent difficiles, physiquement et psychologiquement.
La formation au DEAVS est accessible à des personnes ayant un niveau Bac, un CAP administratif ou en comptabilité. Si la candidate bénéficie de mesures d’aide au retour à l’emploi, elle peut demander à suivre la formation nécessaire. Tous les organismes qui dispensent cette formation doivent être agréés et la formation est très codifiée, il n’y a donc pas vraiment de différence à faire entre eux. Le DEAVS peut aussi s’obtenir en cours de parcours, via la VAE.
Parmi les organismes employeurs, il faut ensuite absolument choisir ceux qui vous assurent des réunions collectives régulières sous forme de groupes de parole ou de pratiques en dehors de toute présence hiérarchique. C’est le moyen de savoir comment d’autres professionnelles réagissent dans les situations difficiles, et de trouver des exemples à suivre.

Propos recueillis par Elsa Fayner

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Publié dans : À la maison | Égalité professionnelle | Services à la personne

le 18/11/2009, par Elsa Fayner

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